On ne se résigne jamais complètement à un monde qui choisit le désastre. Qui a pris en plein fouet le désespoir absolu. Aujourd’hui on ne sait plus ce que peut vouloir dire « développement », « mieux être », « satisfaction des besoins élémentaires », « internet général ». On a su. Mais la défaite est là. Lourde. Amère. Usante. La perte est d’ores et déjà immense. La pensée n’y a pas tenu. A moins que ( à moins que… la part pauvre de l’espoir sans espoir) mais rien ne semble pouvoir arrêter la machine-Etat sur cette pente prise. Cette accélération. Il n’y aura certainement pas d’à moins que…ce qui laisse entrevoir les conclusions les plus sombres. les prédateurs et les spoliateurs sans scrupules, les camaraderies de mercenaires et leurs condottières, les faux patriotes et quelques escouades de fabulistes, barbouillent la réalité, se répandent en mensonges-vrais, suivent sans faillir une logique forgée à la force de l’inertie. Ils croient avoir des opinions. Ils croient ces opinions dicibles, graves, importantes. Ils revendiquent comme autonome de leur ventriloquie. Ils sont hanté par l’exigence d’avoir raison. Leur peur majeure est de verser dans l’audace – ce qui conduit immanquablement à la schizophrénie. Comme une défaite consentie de la pensée. Se tromper soi-même comme on trompe un amant.

Notre histoire/trajectoire hélicoïde se fossilise, simultanément. comme une épopée (dans l’engrènement des instants qui saccagent la naissance d’une Nation) et comme tragédie. L’histoire de nos malheurs se répète. Hoquète. Elle annonce (avant solde de tout compte) avec son cortège d’idées reçues, ses guerriers présomptifs et leurs féticheurs du déclin, ses allures de sortilège-du-destin tirées d’un livre étrangement élégiaque, des modèles doctrinaires stéréotypés enracinés pourtant dans une mystique lamentable dégradé. Qui entremêle des symboliques manipulées, des identités et des altérités delirées, des ambitions virtualisées… une extraordinaire propédeutique au chaos globalisé. La raison vacille. Se dessaisi, soit impuissante, soit usée de mots épuisés, du projet de donner un sens au destin de notre communauté. On aurait pu croire, dès lors qu’apparait une tentation de régression, qu’incombait, de façon naturelle, évidentes, aux clercs lettrés d’anticiper (les futurs et les libertés du hasard), de prévoir (pour ne point laisser prospérer de funestes hypothèques) de proposer (loin des valeurs médianes et consensuelles).
On ne doit pas se résigner à un devenir qui efface hardiment toute trace de subordination à la volonté, qui ne restaure point sensiblement les principes et les notions d’une militante active (face aux pratiques de politiques scandaleuses). On ne doit pas se dérober, éviter, chercher seulement les possibilités de repli ou de rétractation. Ou s’aveugler de mauvaise foi, franchir le pas du retournement (de veste), se complaire de risible grimaces démocratique, justifier, accrédités les années souterraines, l’expérience du pire…
Apres les villes mortes, les dévaluations, les plans d’ajustements, les points d’achèvement PPTE, les révisions constitutionnelles, les cendres encore fumantes d’un incendie social provisoirement maitrisé… notre petit coin d’Afrique ne cesse d’être chahuté… Bakassi, piraterie, frontières, sécurité/insécurité, les dossiers ne manquent pas ! Une somme de problème urgent à régler. Et qui exige qu’on s’interroge sur sur les moyens (mécanismes, structures, concepts, …) pour s’arracher à la démonte d’un fatalisme (« on va faire comment ?! « ). ethnologisé. Indispensable audace des lettrés et des clercs. Car il ne suffit pas de remplacer le terme « province » par le terme « région » pour opérer une politique de décentralisation. Car il ne suffit de poser deux casernements sur une presque-terre pour éloigner toutes les menaces qu’instaurent les espaces sur la longueur de la façade qui nous lie à l’atlantique. Car il ne suffit pas d’adjoindre les lettres « Co » à un préfixe qui, jadis, disait notre fierté, pour retrouver les ailes et une compagnie de transport compétitive…
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