BONNES VACANCES

Humeurs aoûtiennes. Humeurs vacancières. La vie dans notre petit coin d’Afrique fait une pause. Le temps de rares et folles insouciances. Quand un oiseau de mauvais augure frôle des corps de ces grands et augustes commis que le peuple, les hors-réseaux, la presse et la colère poussent vers les geôles de l’infamie …

Au pays de Roger Milla les postes les plus élevés [et les plus recherchés] de l’appareil politico-administratif reviennent à un tout petit groupe de hauts fonctionnaires. Nommés [récompensés] a l’épreuve de leur « fidélité » politique. De leur traçabilité clanique. Jalousés pour les positions qu’ils occupent pour le seul avantage de leur coterie, le pouvoir qu’ils incarnent avec cynisme, les moyens qu’ils manipulent sans scrupules. Enfermés dans la certitude de leur compétence. Une somme d’orgueils et de vanités. Un système injuste. Peu démocratique. Quand il protège de la sanction ceux qui ont faute. Peu républicain. Quand il réserve à quelques uns les privilèges de la fonction publique et du métier politique, pour laisser aux autres, à tous les autres, aux talentueux, aux généreux, aux patriotes, des strapontins dans les wagons de eme classe ! Un système en faillite. Qui désormais avale avec gourmandise scribes, courtisans, flatteurs et faux amis. Un système au bord de l’implosion. Qui désormais s’agite aux frissons de la rumeur rampante. Et se repait de l’obscène, de honte, de calomnie, d’humiliation, de ces images de chasse à l’homme, de traque, de meute … jusqu’à l’hallali …

La bataille est sans merci. Humeurs aoûtiennes. Rumeurs … quand les coups visent au-dessous de la ceinture. Et convoquent tous les péchés [et tous les vices, prêtés ou empruntés] dans les prétoires. Formidable disqualification de notre classe dirigeante déjà coupable de n’avoir su tenir à flot le navire-Cameroun ! Comme un curieux raccourci qui se satisfait d’une simplissime explication: nous sommes mal gouvernés car les postes les plus élevés [et les plus recherchés] de l’appareil politico-administratif reviennent à un tout petit groupe d’individus aux mœurs et pratiques douteuses. Simplissime explication qui soustrait le peuple et tous les autres [les « hors-du-cercle »] d’une quelconque responsabilité. Un bouc émissaire. Toujours. Curieuse communauté qui se dédouane. Refuse la confrontation avec elle-même. Et s’abstrait constamment de son propre devenir. Les autres. Toujours. Les autres aux mains sales. Fascination répulsive pour l’innommable. Toutes les peurs confondues. Une métaphysique de la fuite. De l’esquive. Du déni. Le marionnettiste qui tire les fils de nos vies et de nos malheurs, loin au-delà des cintres du théâtre d’ombres convoque vaines suppliques. Et autant de prières chuchotées ) la face du vent. Quand il faudra simplement, seulement; ayant cessé de déléguer ) d’autres instances notre destin, construire une nation forte et solidaire qui tourne le dos à l’acceptation résignée d’une « damnation » imaginaire. Nous n’avons pas moins de génie que les autres. Nous ne sommes pas moins capable que les autres de re-créer une pays de tolérance et d’équité.

Humeurs aoûtiennes. Humeurs … La vie judiciaire dans notre petit coin d’Afrique ne fait pas de pause. Ceux qui sont installés aux postes les plus élevés de la machine-Etat sont aujourd’hui [dit-on] les plus recherchés. Menacés. Cernés. Sommés de rendre des comptes. Catharsis jubilatoire. Qui chahute la nécessaire sérénité demandée pour la manifestation de la vérité. Et le traitement dans l’impartialité des faits, des preuves, des requêtes, des arguments … La liberté ne se joue pas au damier. Dans un mouvement badin. Léger comme les humeurs vacancières. Emotions d’un mois d’août avant l’orage. Avant 2011.

Texte publié dans « Mutations » du 05 août 2008


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