PETITE SEMAINE


Décembre. La canopée s’ébroue. Soufflée par des vagues immobiles. Les plaines rugueuses se couchent. Blessées sous l’harmattan, l’indéfini du ciel s’enflamme. Noyé par le bavardage précipité des nuages,rieurs. Les palétuviers, pieds nus dans la vase du fleuve, chuchotent. Ombrés de vagues heureuses et lourdes comme la mer, épuisés et boursoufflés par la marée. L’orage fragile n’ose pas. Dévoré sans hâte par les soleils cannibales. Les vallons ronds s’impatientent. Éparpillés comme des secrets sans importance, depuis que nous avons échangé la tristesse, des enterrement contre le fast, des funérailles… Les rues-poussières frémissent. Amusées par des toiles d’araignée clignotantes qui caressent les visages froissés des urbains-ventres-vides-silences-déchirés, les silhouettes félines. Accrochées au ras du bitume comme une larme sur la joue d’une épouse répudiée. Les vénérables patriciens encamisolés dans leurs smokings griffés, les éminences ventrues et leurs graciles accompagnatrices cambrées, les « moi je » alignés en rang protocolaire, les pseudo-militants dociles à la tribune d’un meeting s’ennuient. Éclaboussés par les mots clos d’un orateur incolore. Les convictions périmés comme des amours éteintes, les déclarations tamponnées, les slogans imprimés en caractères gras les commentaires empathiques des pelotes zélés, es rapports acheminés de bas en haut qui répondent aux instructions/decisions envoyées du haut vers le bas, le verbiage bureaucratique et ses malandreuses circonlocutions fatiguent. Plombés par de cruelles interrogation sur les réalités inquiétantes d’un quotidien abandonné à la colère. Décembre, avale les dernières illusions. Les ambitions inachevées. les promesses brisées. Les courbes statistiques imparfaites. Décembre voit l’année s’éteindre. De lassitude douce.

L’année glisse, sourde et furieuse, vers son terme. Et l’actualité hoquète. Passe en boucle. Mouvement immobile. Réclamé/revendiqué avec toujours plus d’empressement par des tribuns à la voix forte qui, de leurs « conditions » et de leurs « positions » géo-économiques, recyclées sur le mode du désavantage/déséquilibre comparatif, font une amalgame idéologique menaçant. Proposent une relecture révisionniste des dispositifs ou équilibres idéologiques. Lancent un boomerang politique. Pour conserver des positions acquises, contester des résultats officiels, justifier le rejet de l’autre(compatriotes pourtant) et satisfaire, au prétexte de différenciation identitaire, une déconstruction de toutes les solidarités qui, à terme va laisser les individus sans autre refuge que la tribu, l’ethnie, la religion; la caste. Égoïstes et vaines substitutions à l’idée de Nation.

L’année enjambe ses derniers obstacles. Un salon/foire a perché, sur une colline de Tsinga, stands toilés, hôtesses joliment vêtues mais agitées comme des papillons affolés, sonorisations bronchitiques et saturées, visiteurs moites et pressés( version « gens ordinaires ») ou visiteurs climatisés mais tout aussi pressés( version « gens d’en haut »)… dans une débauche de tracts distribués, un tourbillon marketing jamais rassasié, une noria de phalènes prédatrices, une danse impudique de preneurs d’images, une collection de mains serrées, d’accolades reçues/données, de cartes de visites remises avec un « on s’appelle » qui sent bon le bottage en touche ! Beaucoup de belles choses montrées, certes. Et de manière souvent astucieuse. Manifestation, d’un évident savoir-faire local… rarement valorisé. Car débordé par la logique bayam-sellam qui anime une trop grande majorité des entrepreneurs camerounais. Les activités de production à valeur ajoutée sont encore très fortement artisanales. Tandis que les partenariats et les échanges commerciaux doivent être dopés.

Décembre achève l’année. Le devenir, supposé ou revenir, de notre pays, signifie que l’on évite la répétition d’erreurs et de certitudes. Sortir des petites semaines à petits bilans. C’est impératif.

Décembre 2008


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