Le foot occupe tout l’espace. Il est la préoccupation majeure pour ceux qui nous gouvernent comme pour ceux qui remplissent les stades et/ou les bars, commentent, dissèquent, refont les parties… le sommaire de la page d’accueil du site internet du Minjes* propose 14 entrées dont 07 sont consacrées au foot et aux Lions Indomptables !

Les mécanismes (volontaires ou non) par lesquels le foot est devenu le seul objet digne d’intérêt pour les gouvernements africains justifiant les seuls plans d’action en matière de développement encadré par de la pratique sportive. Le Minjes* est le Ministère des Lions Indomptables, au détriment des autres disciplines et surtout d’une véritable politique de promotion de l’éducation physique et/ou des activités de loisirs pour les jeunes notamment dans le cadre d’une réflexion sur les rythmes scolaires, l’occupation du temps libre ou encore les programmes de vacances: centres aérés, colonies de vacances, chantiers de jeunesse, maisons des jeunes et de la culture… en dépit de la mise en scène, quand Monsieur le President de la République Paul Biya reçoit les sportifs du Cameroun, il souligne lui-même la place et l’intérêt prééminents, voire hégémoniques des footballeurs !
Dans les relations Afrique-Reste du Monde, la place du sport détermine une géopolitique qui épouse les contours connus des rapports entre le Sud et le Nord: domination des pays riches. Le monde du sport comme celui de l’économie( et du fait de l’arrivée des marchands, le phénomène va en s’accentuant) est archi-dominée par les pays européens, nord-américains, les puissances émergentes du sud-est asiatique…
les sens des échanges (inégaux) reprend celui des marchés des matières premières! L’Afrique fournit la main d’oeuvre souvent bon marché de l’industrie du spectacle sportif ( Jeux Olympiques, Circuit Professionnel des Meetings d’Athlétisme, Coupe du Monde de Football) avec les mêmes divisions du travail suivant aussi les distinguo sports de riches/sports populaires (si l’on excepte un ou deux marocains, des sud-africains , il n’y a pas d’africains en tennis, juste quelques sud-africains en golf, aucun représentant dans une foultitudes de disciplines…) et les mêmes positions dans les rapports de production : les grandes équipes, les grandes sociétés de management; les annonceurs, les chaines de télé qui détiennent les droits de retransmission sont au Nord de la planète, les autres, ceux qui paient et pour lesquels on décide sont au Sud…
Le paradoxe cependant est que l’Afrique, par le sport peut accéder à une reconnaissance de sa place dans le système des Nations: les Lions Indomptables et leurs résultats sportifs ont beaucoup plus fait pour l’image de Cameroun que toutes les missions diplomatiques officielles… Etre une grande nation de football a le mérite de gommer temporairement les clivages ethniques internes pour consacrer, 90 minutes durant, l’unité d’un pays ne suppose aucunement qu’il est possible de prétendre , par la grâce des victoires sur les vertes pelouses des stades( stades d’ailleurs plutôt que des stades d’ici car nos tropiques ensoleillés, les aires de jeu ont le gazon rare!) à une position confortables dans les compétitions économiques, géopolitiques et stratégiques où les autres excellent.
Paradoxe du paradoxe: le sport est des domaines où la mondialisation est désormais effective et les enjeux clairement identifiés. les pays sont affectés chacun une place qui correspond aux performances de ses athlètes, ce qui contribue à créer une échelle de représentation dans laquelle les Etats du Sud sont des producteurs de champions ( image faussement valorisante) qui s’affirment comme compétiteurs dans les manifestions organisées, financées, controlées par des groupes économiques du Nord. Si l’Afrique, en dépit du poids qu’elle est censé représenter en nombre de voix dans les instances sportives internationales, ne peut obtenir que se déroulent chez elle de grandes compétitions comme les Jeux Olympiques ou la Coupe du Monde de Football, il lui reste les situations tragiques d’exploitation négrière des rêves de jeunes gens avides de réussite par le sport…
Minjes*: Ministère de la Jeunesse et des Sports
Texte publié dans ENJEUX N°11 avril-juin 2002 FPAE(Fondation Paul Ango Ela)
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