
La mémoire des hommes, des voyageurs, de quelques pharisiens et autres zélotes zélés rapporte qu’en des temps anciens où les comportements civils étaient quadrillés, codifiés, verrouillés au nom et en vue de la transition de notre société [ayant très péniblement quitté les amarres coloniales] vers le développement, l’on n’admettait point que gouvernent ne cèdent à l’humaine faiblesse des sens face à l’argent. Il court [de nos jours encore] des histoires, sombres, douloureuses, des légendes que le peuple chuchote et qui disent la fin tragique de rares audacieux à la fortune trop soudaine, beaucoup trop soudaine … guidés par quelques notices rudimentaires qui traçait, dans l’écume et le tumulte,le destin d’une nation, de notre Cameroun, les pères fondateurs ont élevé [ nous diton ] le respect du bien de tous au rang de valeur cardinale. Puis les temps ont changé. Un vent de liberté a décadenassé les portes des bagnes et ouvert le champ politique à l’expression plurielle. Liberté d’agir. Et de s’enrichir. Ce qui fut fait. S’enrichir surtout. Dans un mouvement double, ironique et cynique, à la fois explosion / libération après des années de gestion quasi ascétique de la chose publique et dislocation du pacte [implicite] de solidarité. Curieux et paradoxal effet des politiques d’ajustement qui, tout en fabricant des déflatés, tout en imposant des coupes dans les salaires, les revenus, les pensions, tout en dictant des restrictions à l’embauche de personnels, ont fait de la faillite de l’Etat, de son affaiblissement, la première condition d’une promotion d’une caste arrogante, insouciante dans l’affichage de sa richesse, indifférente à l’abîme qui se creusait, aux inégalités qui fissuraient la collectivité, ignorante des crises, des larmes, des crispations, des braises impatientes de grandir en flammes.
La mémoire des hommes, des impies égarés, de quelques philistins aussi zélés que les zélotes retient qu’en des temps nouveaux s’est imposé un matérialisme décomplexé qui, faute d’une gouvernance morale, politique, policée et rigoureusement organisée du devenir de la communauté nationale a laissé une place offerte à l’aventure, à l’improvisation, à l’individualisme,à l’élitisme, à un féodalisme injuste et inégalitaire qui accepte la fortune d’une poignée de courtisans face à la détresse du grand nombre … La volonté des hommes a cédé. Et les comportements civils, jadis [trop ?!] strictement verrouillés ont adopté, finalement, fatalement, le goût des manoeuvres douteuses et peu conformes à la Loi, en quête de résultats instables et grossiers d’une autre réalité contenue,elle,dans la jouissance de posséder ou la logique égoïste de la satisfaction immédiate. Compilation obscène d’objets, ultra-consommation des attributs modernité occidentale et/ou des produits de la globalisation, comme un étrange « mapan » qui ramène à la tradition [quand elle associe pouvoir et détention de richesses]. De l’immatériel de la coutume au matérialisme décomplexé du citadin. De la chaleur maternante des liens du clan, de la famille, au matérialisme décomplexé des cadres du système politico-administratif qui recyclent à leur avantage les modes d’emploi du dogme libéral et confessent une logique sans aucune autre logique que leur rapacité, les ponctions acceptées sur le bien public pouvant, dans la meilleure des éventualités, être redistribuées aux plus faibles du clan ou de la famille … comme une manière douteuse d’acheter la docilité des siens et la certitude d’un vote complaisant au moment utile !
La volonté des hommes a cédé. N’en déplaise aux scribes qui travaillent, avec le zèle des zélotes, l’ardeur des pharisiens et des philistins, dans l’ombre des Princes, leur nom une possibilité d’interprétation, qui tente de justifier les [dés]équilibres qui dangereusement chahutent la société camerounaise, l’omnipotence de l’Etat, la pléthore de textes et de réglementations, le dédale des procédures administratives … les mythologies contemporaines ont sacré le matérialisme. Et ses nouvelles idoles, le tapeur dans le ballon, le chanteur à succès local, le frappeur de faux, dans ce mouvement où la frime, les fringues, les bouteilles de champagne tiennent lieu de carte de visite ou d’argument de séduction lesgardiens du Temple ont perdu la connaissance originelle. Le respect ou l’altruisme sont désormais des valeurs inutiles, ici. Tandis que l’inertie et la bêtise se livrent un combat quotidien. Le matérialisme n’a plus de complexe.
Texte publié dans le « Mutations » du 10 juin 2008
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