Don Quichotte. Il y a dans le combat contre les moulins à vent la quête d’un idéal et le personnage de Cervantès porte sur ses frêles épaules cette folie qui le rend incomparable aux autres, cette envie de trouver un monde meilleur, cette généreuse imagination qui rend dans tant de choses « faisables » ouvrant fort et large le champ des possibles à de vastes propositions qui défont les chimères, les rêves oubliées, les utopies fondatrices … ces ambitions que l’on a voulu grandes, un jour …

Ntsimi Evouna. Il y a dans la sommes des « casses » entreprises par le Délégué une volonté d’action pour remettre de l’ordre dans le désordre de Yaoundé, une occasion unique de repenser notre espace urbain, une intrusion violente [certes, car soudaine et inattendue] dans un système auto-régulé sur un principe d’acceptation de ses déséquilibres et de ses imperfections. C’est un processus de prise de conscience qui signifie aussi un changement d’optique. Et cela ne saurait être brouillé par quelques inutiles apitoiements. Des années de démission de l’Administration et d’éviction de la puissance publique des processus d’aménagement et d’organisation de l’espace urbain ont accéléré un mouvement fait d’absence de contrôle et de planification. Notre Yaoundé, qui a la fonction pourtant d’être la capitale d’un Etat majeur, affiche un entassement anarchique, des paysages inesthétiques [avec une juxtaposition de types d’habitats et de modèles architecturaux], une confusion de types d’activités et un brouillage des perceptions, que l’on désigne sous le vocable usurpé de « ville » ! Hasard ou nécessité, plus hasard que volonté assumée, les espaces historiques [qui supposaient une dichotomie rigoureuse de modes d’occupation du territoire urbain, une structuration ségrégationniste] ont vu leur fonction dévoyée dans un double et paradoxal mouvement: il reconduit, sous une forme quasi-stéréotypée l’inscription dans l’espace des antagonismes sociaux, avec un processus de réappropriation des lieux [de pouvoir, de production, d’habitation …] par les nouvelles élites. Et quand le débat esthétique est épuisé, on compose alors un non-système qui pousse à la reproduction des dispositifs de marginalisation, les elobi versus les beaux quartiers, de clivages, la « ville » moderne versus le passé, un monde dépassé… suivant la prégnance d’une équation, indiscutable, minérale, hypnotique, selon laquelle le Cameroun se démontre comme une succession… de villages !
Don Quichotte/ Nstimi Evouna. Estimer avec le Délégué Nstimi qu’il est encore possible d’assumer une conduite effective et raisonnée du développement des territoires urbains. Par d’audacieuses remises en question des types d’emprises, des formes de mise en valeur des espaces, des allocations des ressources ou une rediscussion des manières de vivre le rapport entre le statique [l’aménagement, le niveau d’équipement, la distribution des espaces, entre lieux pour habiter, lieux pour la détente et le loisir, lieu› pour produire, commercer et consommer… ] et le dynamique [la circulation, les modes et les vitesses de déplacements, les moyens pour aller d’un point à l’autre de la ville …]. Engager l’autorité publique et notre système-Etat, sur le modèle du renouveau yaoundéen, à oser le pari de l’imagination, d’une sincère clairvoyance pour combattre l’apparente impasse ambiante et créer les conditions d’une nouvelle donne. Emprunter à Don Quichotte ses élans, ses toquades, ses combats, ses songes … et fuir l’idéologie rédépeciste de l’euphorie perpétuelle, du « jusqu’ici-tout-va-moins-mal-que-chez-nos-voisins-car-nous vivions-en-paix ». Se défier de toute condamnation à perpétuité [« le Cameroun c’est le Cameroun », formidable tautologie qui fait de notre petit coin d’Afrique un objet impensable qui échappe au spéculations ordinaires sur l’ordre et le sens des choses]. Opposer la force des idées au fatalisme généralisé qui voudrait que l’on regarde sombrer le bateau-Cameroun, dans l’indifférence de ses passagers, quand il ne reste plus suffisamment de musique pour faire danser la vie !
Croire qu’il est juste d’espérer. Et honnête de quitter le chemin de la moindre action. En finir avec le « on va faire comment ?! » qui scelle le destin d’une Nation quand, sous d’autres cieux étoilés, un petit-fils d’Afrique proclame une simple d’évidence : »Yes, we can ! ».
Texte publié dans « Mutations » du 08 juillet 2008
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