Il aura fallu un bond. Un simple bond. Quelques foulées. Et un bond. Pour l’éternité. 15m39. D’or et de gloire. De bonheur. De fierté. Tout simplement. Puis nous avons tourné le bouton de l’étrange lucarne. A nos occupations nous sommes retournés. Nos vies sans vie ont repris leur cours chaotique. A la lisière de l’espoir. Toutes illusions bues. Avalées. Dévorées.

Françoise Mbango a pris son élan. Quelques foulées. Souples. Et un bond. Pour … le Cameroun a pris son élan. Depuis 48 ans. Déjà. De foulées tantôt amples et fortes de l’optimisme des jeunes années. De foulées retenues et contraintes. Quand le vent tourna. Et que de sombres encravatés de Washington débarqués imposèrent leur ordre ajusté à la nouvelle donne libérale-globalisante qui [désormais] conduit les choses de notre monde moderne ! 48 ans déjà de foulées et … pas de bond. Rien. Le dispositif politico-administratif jouant de l’apparence du mouvement [quand valsent les équipes gouvernementales] et de la réalité d’une pratique que dominent les dispositions archaïques du patrimonialisme [quand le système accepte, tout à la fois, la confusion des intérêts publics et des intérêts privés, une concentration des éléments de pouvoir, politique, économique, symbolique, entre quelques uns, une gestion autoritaire des machines officielles ou officieuses de contrôle des rentes]. Pas de bond. Rien. Quand s’installe, pesante menace, les ombres d’un rejet radical [car violent], par des marges de plus en plus grandes de la société camerounaise, des normes et des règles du contrat social …
Quelques foulées. Mais notre diplomatie manque encore et toujours de cette présence effective que justifierait [sans l’ombre d’une contestation, en réalité] notre poids économique dans la sous-région Afrique Centrale. Et nos armées attendent d’être réorganisées, équipées et formées pour assurer les missions qu’imposent les configurations géopolitiques actuelles, en particulier pour la lutte contre le banditisme transfrontalier ou la piraterie dans le Golfe de Guinée mais également dans le domaine du renseignement pour la surveillance des extrémismes religieux et le contrôle des transits illicites.
Quelques foulées. Mais notre Service Public est encore médiocre pour la qualité de l’accueil des usagers, de la transparence des procédures, du souci de la performance. N’ayant pas su [ou pas voulu : la foi des discours restant aussi fragile que la chance de décrocher l’or et la gloire si l’on ne s’appelle pas Françoise Mbango] tirer un avantage significatif du développement des technologies des réseaux interconnectés pour un saut qualitatif vers la e-administration.
Quelques foulées. Mais notre démocratie tarde à faire de la participation politique sincère et de l’engagement citoyen une modalité partagée [contre les inerties fraudées et le cynisme désabusé des scribes, des courtisans, des prébendiers ou des louangeurs] qui assure les équilibres dans la conduite des affaires publiques. 48 ans déjà de lentes foulées orgueilleuses.
Tumultueuses. Souvent. Apaisées. Parfois. Et toujours cette troublante incapacité à placer l’alternance au cœur d’un champ politique agité [grand corps malade] de bruits et de rumeurs.
Quand les ligues de pseudo-comploteurs tirent des plans trempés à l’encre de quelques douteux précédents qui, du Kenya au Zimbabwe, soufflent un modèle inquiétant : l’art de gouverner, d’institutions opportunément réformées en tromperies habilement orchestrées, se résumerait, au pays de Françoise Mbango, non pas à un saut pour l’or, les honneurs de l’Histoire, une éternité mais à une simple antienne … qui dit l’angoisse de la chute. Surtout ne pas tomber. A tout prix s’accrocher. Quelques foulées. Et aucun bond en avant.
Aout 2008
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