2 OU 3 CHOSES SIMPLES

Une semaine qui prend corps. Le ciel est moqueur qui semble retenir la pluie. Difficulté pour composer des mots à l’encre sur papier. L’actualité racontée par les petites lucarnes hypnotiques déborde pourtant de ces choses qui font causer: quelques combustibles dévastateurs, liminaire – pareille à une prière pour les vivants en sursis – qui infuse toute une théâtralité político-judiciaire, un « grand n’importe quoi » où se croisent des figures détestables et décadentes dans leurs habits de certitudes et d’esquives… il y a dans ce manège autant de vérité que dans un songe drogué à la kétamine ! Grande misère du luxe et du besoin de luxe. Tropisme pour les vanités. Fatalisme décevant. Que de choses à dire. Simplement.

Dire l’état stationnaire, sédimenté, fossilisé, d’une société gouvernée suivant des codes et des pratiques nées en ces temps passés et douloureux où les mouvements, trop précipités [dit-on] étaient combattus. Pour réparer les écorchures des disputes fratricides les porteurs de libations ont asséné une douteuse médication orwellienne qui cannibalise le réel. Refuse l’imagination. Et les propositions alternatives. Quand de bavardes éminences et autres zélés laudateurs colportent la Parole. Quand un conciliabule d’individus confisque le dialogue. Tandis que 15 millions d’étrangers à leur destin qui se noue [au fil des manœuvres] pataugent dans une impuissance désabusée… les dynamiques spatiales [facteur de pression sur le foncier], le repérage des modalités de recomposition sociale ou, a contrario de crispation identitaire, sont autant de questions, dans une liste longue, qui méritent la mise au point d’outils d’aide à la gouvernance adapté, accepté, efficace. Pour la définition d’un certain nombre de politiques : urbanisation, accès aux services publics, stratégies éducatives…

Dire simplement que les mythes sont empoussiérés. Que l’on ne peut indéfiniment se satisfaire de n’avoir, pour flatter son orgueil et sa fierté vert-rouge-jaune, que les seuls rares résultats sportifs des Lions Indomptables ! Version football. Au masculin. Ou ascendant Lionne. Quand elle arbore le sourire ironique de Françoise Mbango ! Il faut aussi s’attacher désormais à mettre en avant, pour le défendre, un corpus de valeurs et de références. Matérielles, avec le patrimoine architectural hérité de la présence coloniale, par exemple. Symboliques, avec le patrimoine architectural hérité de la tradition, par exemple. Symboliques également, dans la catégorie des connaissances archéologiques, les alignements mégalithiques de Bamali et Bambalang, par exemple. Immatérielles si l’on convient, enfin, d’accorder sincèrement une place aux valeurs qui organisent les identités et fondent un patriotisme. L’absence de politique culturelle conduit une nation dans les abimes de l’Histoire aussi durement que la dette ou bien un point inachevé. Le pays de Roger Milla doit se montrer capable de faire de la conservation/présentation de l’ensemble de son patrimoine un véritable enjeu. Porté par un véritable musée national. Ouvrir au partage des pans entiers de richesses, de découvertes et de satisfactions profondes, collectives, dans une quête jubilatoire [éthique/esthétique] de notre complexité. Sans peurs ni superstitions.

Dire deux ou trois choses simples. Pour rendre possible le futur. Garder ses larmes encore pour la dernière fois. Les rêves cessent comme la nuit. Waiting in vain… ?!

Texte publié dans « Mutations » du 15 septembre 2008.


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