C’est l’histoire d’un homme entiché d’une femme qui n’était pas son genre. Une histoire à l’imparfait des préjugés, de l’arrogante certitude des devins-menteurs [« ce couple ne durera pas », disent-ils], de l’audace généreuse qui étreint les âmes, traverse les peurs, la peur… dans un mouvement qui s’évade des limites, de l’immédiateté, des frontières de la certitude, de l’acceptabilité…

C’est l’histoire d’un homme entiché d’une femme qui n’était pas son genre. Une réécriture radicale de tant de choses autrefois / longtemps considérée définitivement comme sûres et saines au regard des normes culturelles et sociales, des jugements que le poids des codes, des traditions, des us et habitus ont ancré dans les dispositifs conceptuels, individuels ou collectifs. La traversée des frontières de l’infaillible. La variabilité – incalculable, non probabiliste – de notre tempérament ou notre comportement social qui induit un risque. Cette notion décisive qui postule que tout ne peut être contrôlé.
Nous sommes entrés dans une « ère du risque » non pas seulement par la prégnance [évidente même si teintée émotionnellement par les perceptions culturelles et les critères utilisés pour l’évaluer] d’une plus grande dangerosité de la vie quotidienne mais aussi et surtout car les caractéristiques de la nouvelle société camerounaise qui sont fortement articulées, désormais, autour d’une culture de l’incertitude. A la fois pour ce qui relève de l’accès aux ressources et du devenir des personnes, dans une hypothèse quasi-certaine de raréfaction des moyens face à une augmentation exponentielle des besoins. A la fois pour ce qui relève des conflits entre rationalités différentes et alchimies spirituelles factices, dans un processus qui manifeste le renoncement de l’individu-citoyen et la démission de la volonté d’agir de manière démocratique. [loin des vaines postures et impostures qui affichent la figure stellaire de l’électeur « docile » qu’un consensus extorqué ne saurait réhabiliter]. Une manière sèche d’abréger et de couper court aux gesticulations réflexives. A la fois pour ce qui relève des modes voulus, proposés, imposés ou supposés de succession aux postes clés du dispositif institutionnel, quand les représentations idéologiques et les constructions dogmatiques qui anticipent les stratégies de conquête du pouvoir [présidentiel] par une communauté d’hybrides politiques, de réseaux, coteries et autres baronnies félonnes aux interactions chaotiques [d’alliances et de mésalliances], trahissent une improbabilité inquiétante. Un futur qui n’est plus définissable. Ni même localisable. Soldé comme à l’aboré par les développementeurs. Un post-Renouveau aux allures de procession funèbre. De laideur accablante. De désespoir morne et railleur. Qui suppose/impose, quand s’ouvrira l’époque nouvelle, d’aborder la chose publique [res publica] et l’action collective dans une sorte d’esprit de frugalité étranger aux mœurs dispendieuses qui agitent de leur ironie sacrilège, la vie aujourd’hui de ceux d’en haut ! Un refus de pactiser avec ce jeu instable de cynisme et de honte qui se repaît d’opulence guerrière et de gaieté louche…
La responsabilité que nous concèdent les générations futures réclame une éthique de la prevision, un refus de la consommation festive, frivole, inconsciente du bien commun. Une conscience chevillée que les nouvelles dimensions de l’agir devront échapper à l’entropie des appétits guidés par les égoïsmes ethniques/clientélistes et leurs frasques mensongères !
C’est l’histoire d’un pays qui s’aime et se déteste. La dilution des mécanismes de décision [injustement disqualifiés par la communion forcée autour de l’obsession présidentielle] augmente et renforce la brutalité grotesque et accablante du paysage politique, la complexité aigre et suave des normes réglementaires applicables aux citoyens, le malaise qui dévore les systèmes de cadrage, économique ou socio-identitaire … contrer la fatalité abusive de l’imparfait. Gérer [tous] les risques.
Se développer. Vraiment.
Texte publié dans « Mutations » du 25 aout 2008
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