20.11

Vos vies sont pleines de fantômes. Tragiques. Malicieux. Grandes ombres sombres venues des lointains jadis cauchemardesques. Qui chuchotent aux oreilles closes des histoires de wagons plombés. De corps précipités. De feu glacial tombé du ciel. De bastilles infectes et infamantes. De culs-de-basses-fosses. Mboppi. Tcholliré. Des hommes et des femmes tellement abîmés. Nos vies sont pleines de fantômes. Tragiques. Malicieux. Et souvent il n’y a personne pour les entendre [mais qui donc aurait du temps, un p’tit peu de temps, pour les ombres ?!]. Cruel. Amer. Hallucinant. Naufragé. A la dérive, le très cher-et-beau-pays-berceau-de-nos-ancêtres s’accroche, encore et toujours, à de trompeuses mythographies. Qui effacent rageusement du paysage urbain les marques du passé [tous ces bâtiments de l’époque coloniale passés au bulldozer]. Qui effacent rageusement des manuels scolaires les noms du passé [il y a donc si peu de héros à respecter ?!]. Qui additionnent/conditionnent des promesses insatisfaites [« santé pour tous en l’an 2000 »]. Qui construisent/déconstruisent le réel [l’inusable allégorie du « havre de paix » ou bien la douce fable incantatoire sur le fameux « équilibre régional »]. Une litanie longue et usée de trompeuses mythographies. Qui produisent/proposent une modernité manipulée. Brutalisée. Désenchantée. Un Cameroun où tout s’achète. Diplômes. Fonctions. Indulgences. Tout un Cameroun qui pourtant va faire la fête. Défiler. Danser. Chanter.

Nos vies sont pleines de fantômes. Qui battent le tam-tam des souvenirs. Grands éclats fiers venus des lointains jadis de rires et d’émotions. Qui résonnent de footballistiques victoires. Canon. Tonnerre. Union. Passé réjouissant. Fantasmé. Singulier. Exalté. Héroïque. A la dérive, aujourd’hui, les jeunes [ou qui l’ont été], les masculins [ceux aux chemises usées et les autres, ceux d’en haut qui respirent l’air climatisé], les féminines [belles liane couleur café au lait ou mamas plantureuses], les Camerounais s’accrochent, toujours et encore, aux énoncés lacunaires de « mythographies » falsifiées. Qui portent les couleurs du Calcio, de la Premier League ou de la Liga. Tandis que nos tristes amateurs, de Guider à Buea s’embourbent sur des « stades » sans gradins ni vestiaires … ! Incroyable déficit en infrastructures. Pourtant les participations à quelques phases finales de la Coupe de Monde ont rapporté de fabuleuses sommes [en Francs Suisses]. Et de juteux contrats de sponsoring. Qui ouvrent seulement bien des appétits! Au grand banquet des saigneurs jamais repus, les mercenaires cyniques, les courtisans faméliques, les plénipotentiaires sans idées, les vieilles étoiles éteintes, tous les grands se gavent. Et pourtant on va tous faire la fête. Défiler. Danser. Chanter.

Notre mémoire est tissée de tous les moments fantômes. De tous les objets disparus. De tous les instants enfuis. Le vide semble s’imposer. Qui frustre et désempare une jeunesse sans horizon [même s’il ne s’agit que d’une question de perception donc de relative appréciation d’une situation particulière dans un ensemble social complexe]. Cogiter. Imaginer. Proposer. Et favoriser une réelle représentativité des jeunes en lui donnant un cadre d’expression réglementé et structuré. Cogiter. Imaginer. susceptibles de relayer les besoins/attentes de la jeunesse ou de défendre les intérêts de la jeunesse, dans un mouvement large d’animation la société civile. Imaginer. Proposer. Formaliser, pour certaines catégories de jeunes, des modes actifs [et non pas simplement symboliques] de participation aux structures décisionnelles. Cogiter. Proposer. Et inscrire au budget un fond destiné à financer des bourses pour les jeunes talents « prometteurs et innovants ». Une manière de doter d’un capital/patrimoine les porteurs de projets [suivant une charte d’objectifs]. Penser. Avant d’aller faire la fête. Défiler. Danser. Chanter.


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