DJOUM ET ALORS ?

La région de Djoum [dans le département du Dja-et-Lobo, Région du Sud au Cameroun] a longtemps été un des principaux greniers cacaoyers du pays. Et les populations Pygmées ont d’ailleurs été fortement mises à contribution dans la création, l’entretien des plantations et la cueillette des cabosses. C’est d’ailleurs de cette période que daterait le glissement sémantique vers une image dévalorisante des Pygmées : le fait d’avoir travaillé dans les plantations pour des contreparties souvent dérisoires a pu donner aux Bantous l’illusion de leur supériorité. L’argent issu de la vente du cacao a été en partie investi dans des constructions de maisons cossues que l’on remarque encore aujourd’hui grâce à leurs tôles de zinc. Pendant cette période d’embellie économique, les populations ont développé un individualisme de bon aloi, qui perdure encore aujourd’hui. Mais avec la crise du cacao, les agriculteurs n’ont plus les revenus confortables d’avant. Et, dans bien des cas, se sont même appauvris ! Par conséquent, il se pourrait que nombre de Bantous dans les arrondissements de Djoum, Mintom et Oveng ne soient guère plus riches que leurs voisins Baka!

Cette situation générale est aggravée par les fonctionnaires qui viennent implanter des villas somptueuses, donnant ainsi l’impression que la prospérité passe par l’accès à la haute fonction publique. Cette élite, puisque c’est comme cela qu’elle se fait appeler, vit de manière individualiste. Les actes de l’État parviennent aux populations de manière détournée car ces élites ne veulent pas perdre la place occupée à l’interface entre les populations et l’État : position devenue incontournable et qui fait que, très souvent, les transferts du sommet vers la base ou les doléances de la base à l’attention du sommet sont ‘filtrées’ !

L’action de l’État étant donc brouillée, les populations ont le sentiment d’avoir été délaissées par le Gouvernement. De fait, lorsque l’on met en place un projet en faveur des Baka et que, de surcroît ce projet reçoit un financement de l’extérieur, les agriculteurs sédentaires se sentent doublement abandonnés. ils sont prêts, ne serait-ce que par inertie, à freiner ledit projet… il y a toujours beaucoup de sous [tout au moins c’est la perception des gens à l’extérieur] dans un projet et cela aiguise les appétits, même chez les personnes les moins soupçonnées! La question Baka est très révélatrice du fonctionnement de notre modernité qui uniformise pour des motifs obscurs et en tout cas contraire au sens de la vie, ce qui a toujours été, depuis la première mitose, pour la diversité.

La notion de développement durable introduit dans les échanges commerciaux de nouvelles valeurs [au sens moral du terme] qui, si elles peuvent rassurer le consommateur occidental, introduisent une contrainte pour le producteur africain ou latino-américain. Pour le bois, par exemple, la certification [et autres labels qualité] a pour conséquence de rehausser la valeur marchande de la grume … au bénéfice de la société forestière. Tout comme le label commerce équitable étiqueté sur la production d’un petit paysan vaudra à la marchandise d’être vendue plus cher sur les marchés du Nord tandis qu’elle ne trouvera aucun débouché sur le marché local. Et le temps pour parvenir à faire adhérer une communauté villageoise aux avantages de ce type d’activité sera bien plus long que le temps que mettra l’exploitant forestier à former une équipe à l’abattage!

Non-dit : dans la réalité, le mécanisme et la distribution des avantages ne changent guère du modèle économique classique : il s’agit encore et toujours d’un système extraverti, tourné pour l’essentiel vers l’exportation, suivant une division assez simple qui octroie aux grandes compagnies étrangères [car rarement à capitaux nationaux] le privilège d’exporter les produits et biens précieux [les meilleures essences de bois rares, par exemple] pour ne laisser aux populations locales que le droit d’essayer d’exploiter, de manière durable, des produits dont la commercialisation est difficile… tant le marché potentiel reste encore à trouver et à consolider. Et il demeure que certaines questions importantes n’ont toujours pas trouvé de réponses satisfaisantes [à l’éclairage de nombre de projets de développement exécutés ou en cours d’exécution dans cette cet espace]. 


Posted

in

by

Tags:

Laisser un commentaire