Voyage au pays du temps suspendu. Tempo lento. Latitude zéro de la verticale des funestes mécaniques qui cadencent les vies perdues des petits enfants de Paul Martin Samba. Voyage aux antipodes des normalités admises ailleurs. Loin des gothiques constructions qui font de l’urgence un principe, du rendement un impératif, du résultat une nécessité. A la verticale d’une terre d’interrogations, de futilités bavardes et d’immobilisme brutal Au dessus du dédale le infini d’une bureaucratie incapable d’un autre mouvement que le tourner-en-rond des éminences aux poses affectées, des ombres oubliées, des procéduriers matriculés… tribulations picaresques dans les miasmes d’un monde soumis aux incroyables caprices d’une haute hiérarchie totalement absente des quotidiennes réalités humiliantes de tous les sans-emploi-sans-argent-sans-confiance-en-l’avenir-sans-autre-ambition-que-de-survivre, une camarilla incapable de changer de paradigme, de placer le devenir collectif au cœur du contrat social, une bourgeoisie indigène repliée sur des certitudes obsolètes, paranoïaque, autiste, un concile de tristes moines paillards [dit la rumeur] mais obtus dans leur refus de saisir la main tendue par les lettrés de bonne volontés, ces parleurs-rimeurs qui occupent leurs nuits à inventer [dans le mouvement tumultueux des pensées et la conjugaison audacieuse de ces breuvages en ‘ace’ ou brassées, ces citoyens-engagés qui manifestent désormais des envies pressantes de passer à l’action. Pour participer, localement et globalement, à la réalisation d’un projet de social acceptable. Pour refuser radicalement les pratiques. Les systèmes. Les dispositifs. Pour bousculer les somnolences nocives, le fonctionnalisme décadent et l’inertie morbide.

Voyage au pays du temps gaspillé. Et des formalités incertaines. Voyage au pays du temps oublié. Un programme d’hydraulique rurale pour 100 forages dans une province du Cameroun. Lenteur. 2 mois d’attente pour sortir les véhicules de la douane. 5 mois d’attente entre l’ouverture de l’offre technique et l’ouverture de l’offre financière. 4 mois d’attente pour la publication de l’adjudication. 3 mois d’attente pour la signature du marché. Voyage au pays du temps perdu. Plus de 2 mois d’attente pour sortir les pompes de la douane. Quand l’objectif officiel fixé pour les délais de passage au port de Douala est de 10 jours ! Voyage au pays du je-m’en-fous-du-temps-qui-passe. 11 mois pour disposer des 8 millions de Francs CFA estimés nécessaires pour la réalisation d’un volet annexe. Chronos a une crampe. 3 ans et 9 mois entre la signature de l’arrangement particulier [l’accord sur les modalités d’exécution du programme signé entre le Gouvernement du Cameroun et le Gouvernement du pays bailleur de fonds] et le … début effectif des travaux inscrits dans le cadre de cette proposition ! Il aura fallu 5 longues années pour apporter de l’eau aux populations. Coûts estimés des retards : 143 millions de Francs CFA. L’équivalent d’une trentaine de forages équipés de pompes. Dans un autre projet de format identique, entre la signature de la convention et la fin du programme, 311 forages positifs ont été remis et équipés de pompes. En 3 ans et 10 mois. Mais c’était ailleurs. Dans un autre pays d’Afrique.
Memve’ele. Lom Pangar. Route Yaoundé-Kribi par Olama. Bauxite. Cobalt. Camer Co. Liquidation ONCPB [et autres]. Les Camerounais attendent. Tout le temps, sans arrêt ils attendent. Imaginer des hommes, des femmes qui passent leur temps attendre. Ils vont, ils viennent, ils s’activent, ils se débrouillent, mais au fond leur vie est une seule chose : ils attendent. Qui veut ça ?
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