Dimanche 2 octobre 2011, 16 heures 54. Un article à écrire… que dire ?! je narre aux autres les chroniques du quotidien d’ici, au cher-et-beau-pays-berceau-de-nos-ancêtres-et-de-Samuel-Eto’o, quand j’aligne sur un ton décalé les commentaires qui racontent mes contemporains un tout petit peu comme on griffonnerait, sur un feuillet, à la hâte pour ne pas perdre l’émotion qui file, avec une pointe juste acérée, des esquisses, des croquis [croquer avec une gourmandise non feinte car l’on aime jamais que ce que l’on dévore !], je voudrais croire que tout cela est utile. Que la somme de ces traces de conscience qui, par approches successives, encerclements, répétitions, reformulations, aident à comprendre l’incroyable roue de l’infortune qui ensile le fascinant destin du cher-et-beau-pays-berceau-de-nos-ancêtres… un pays qui joue son devenir au hasard de quelques transactions aléatoires entre courtisans louangeurs et prébendiers cyniques… une nation douée pour accompagner servilement les errements d’une machine-État monarchisée qui articule des énoncés dépassés et ressasse une grammaire conceptuelle inadaptée aux donnes nouvelles… Chacun, un jour ou l’autre, confronté à un avenir incertain, à une liberté menacée, à la disparition, au choix, à l’absurde, à l’attente, à l’abandon, au besoin de se regarder dans un miroir pour savoir ce qu’il a fait de sa vie [ou de la vie des autres], chacun se trouve confronté, là où se joue le centre de nos existences, à cette question dernière sur la place qu’il prétend occuper au sein de la communauté, sur son rôle, sur sa mission…

Cueillir quelques idées. Relire [sans penser pourtant y trouver la moindre matière à disserter] les journaux de la semaine qui s’est achevée. Retrouver dans les tiroirs de sa mémoire les images de ces choses vite vues à la télé. Parcourir graphie capricieuse de mes notes qui débordent de mon carnet. Me résoudre à venir poser mon humeur désabusée sur les touches froides d’un clavier… L’histoire du 9 octobre à venir ressemble à un conte tragique. Ou à une farce amère. Sans point final [métaphore inopérante] car tout sera à recommencer une fois l’évènement arrivé ! La communauté des Camerounais fracturée par la défiance hésite encore sur les chemins à emprunter pour des lendemains meilleurs, tant sont nombreuses les promesses oubliées, reportées, différées, les injustices qui minent le vivre-ensemble, les invariances d’un discours qui imite la propagande, les inflexions qui folklorisent nos institutions, les incapacités à renouveler les corpus idéologiques, à penser le réel, à inventer de nouveaux leviers d’actions, à réinventer nombre de politiques publiques… croire, une fois encore, une fois de plus, que les Mots par écrit seraient certainement utiles, en ces temps de morne campagne électorale, pour dire l’urgence de la Pensée… à quoi servent encore les Mots dans le grand vide où nous sommes plongés ?! Entre un hyper-Président-candidat absent et une Opposition inexistante à quoi servent encore les Mots dans l’espace-Cameroun ?! A quoi servent encore les Mots quand les pratiques de notre Démocratie «apaisée» ont refusé le débat contradictoire comme modalité élémentaire de la compétition politique?!
Je relis l’interview d’Achille Mbembé : «Dans les circonstances actuelles, aucune alternance par la voie des urnes n’est possible au Cameroun». Pessimisme radical. Un désastre opportun nous guette. Un raz de marée. Une tornade. «Et alors ?!» disent les accrochés à la machine-État, les éminences arrogantes, égoïstes, jouisseuses, qui consomment, gaspillent, ravagent. Sans entendre le bruit des pas de ce qui approche. Notre présent s’appelle le doute. Notre futur…
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Texte publié dans La Nouvelle Expression édition du mardi 4 octobre 2011
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