NE PAS OUBLIER DE PRENDRE SON PARAPLUIE

La suractivité médiatique de notre Président peut étonner. Non, je rectifie. La suractivité médiatique de notre Président étonne. Elle bouscule les observateurs, anime les conversations, défie les certitudes des analystes. Cette présence répétée dans notre quotidien [par écran interposé, certes, mais ne boudons pas la chance ainsi offerte] dérange. Car elle signifie l’inversion brutale et soudaine d’un dispositif politique qui, ayant accepté en son centre le rayonnement d’un unique homme, hiératique dans son sacerdoce et tenant entre ses seules mains le Pouvoir, avait appris à se repaître de sa Parole comptée, à construire un Codex pour donner du sens au rien, au vide, au sibyllin, à la rareté des faits… et, patatras, voilà que tout change   ! Le machiniste qui, dans l’ombre, tirait les ficelles d’un formidable jeu de marionnettes, maintenant se livre au regard des gouvernés, à l’humeur tyrannique car impatiente des citoyens, à la justification par questions interposées, de la conduite du destin de la Nation. 

De tout cela on pourrait tirer matière pour un commentaire qui irait puiser ses attributs théoriques dans les énoncés qui situent celui qui gouverne hors du champ des passions, à distance raisonnable [car raisonnée] de la tragédie de l’immédiateté. Sur ce point simplement, sur ce rapport absence/présence on pourrait rédiger une chronique. La fréquence rapprochée des interventions de notre Président justifie une série de remarques, une tentative, de l’ironie au pathétique, de déconstruction de la mise en scène. Au sens où la scène est le lieu du spectacle… 

Mais il y a les réponses de notre Président. Entendues. Lues [toute la presse quotidienne a rendu une transcription de l’interview diffusée sur France 24]. Sur M. John Fru Ndi, sur le retour de la dépouille de M. Ahidjo, sur la lutte contre la corruption… 

Et puis il y a deux réponses, en fin d’interview, sur le rôle que notre pays peut avoir dans l’action qui va s’engager pour le retour à l’ordre dans le triangle Darfour – Tchad – Centrafrique. Deux réponses qui révèlent que ceux qui nous gouvernent ne sont pas en mesure de faire assumer au Cameroun un véritable leadership en Afrique centrale. « Il faut que nous apportions notre contribution » estime le Président. Que n’avons-nous d’autre place que d’être des supplétifs   ?! Au regard de notre poids économique, sommes-nous simplement aptes à convoyer du matériel militaire ?! Avons-nous une influence sur le cours des évènements et la gestion des crises ou conflits du seul fait de savoir nos policiers participant à des opérations de maintien de la paix   ?! 

La Communauté Economique des Etats de l’Afrique Centrale – CEEAC, dont le Cameroun fait partie, s’est engagée dans un programme pour renforcer ses capacités en matière d’alerte, de prévention et de résolution des conflits et qui signifie   : une mobilisation des Etats membres pour la gestion des crises, la définition d’un cadre pour les actions politiques et diplomatiques, à la fois en matière de médiation et d’édification de la paix, la dotation en moyens, outils et principes de travail pour la mise en place des instruments adéquats pour repérer les risques ou les potentiels de crise.

Dans tous ces processus nous ne devons pas figurer au second rang, docilement assis sur un strapontin ! Notre ambition légitime doit être d’animer une action audacieuse. On le sait, l’Afrique Centrale est une zone de fortes turbulences, tout à la fois pour des causes internes, quand des disputes politiques, évoluent, par graduation, vers des tensions puis des affrontements armés et des causes externes, quand ayant débordé du cadre national, la violence s’exporte aux pays voisins [devenus base arrière de mouvements en rébellion contre un pouvoir central]. Ou inversement, quand un pays profit de l’état de faiblesse de son voisin pour s’y engouffrer et exploiter ses richesses. L’actualité est tristement riche en illustrations de cette imbrication des échelles. Et si les conflits en cours concernent, dans leur majorité, les pays autour des Grands Lacs et les zones frontalières du Tchad et de la RCA, il convient de ne pas négliger, pour mieux anticiper, la situation des pays en paix. Ce qui augmente le crédit du cher-et-beau-pays-de-nos-ancêtres, dont la stabilité, maintes fois soulignée, ne doit pas être capitalisée, a minima, dans un « acte de confiance » que nos partenaires, magnanimes, nous octroient. La position géopolitique doublée d’une pratique, récente certes, de la gestion pacifiée des différends, sont des atouts forts qui doivent soutenir une diplomatie engagée. Et confirmer notre position dans les affaires qui font la marche du monde   : il y a des choses à dire sur les désordres qui chahutent les relations entre Etats. Il y a des choses à dire sur la nature des relations qui doivent nous lier à ceux qui nous accompagnent [sur les migrations du Sud vers le Nord ou sur les propos tenus par M. Sarkozy à Dakar], des prises de position à assumer [sur la participation de M. Mugabe au Sommet UE-UA] … il y a des silences qui peuvent passer pour des aveux de faiblesse…

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Texte publié dans La Nouvelle Expression en octobre 2007


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