L’ERE DU « RIENFOUTISME »

Il est des turbulences dont vous attendez, souhaitez d’un espoir raisonnable, une fois retombées les poussières et les émotions [indignées] qu’elles soient positives mais qui se révèlent négatives…

Un évènement politique concerne la collectivité, au-delà d’une simple péripétie dans la gestion des affaires publiques par un pouvoir gouvernemental [fonction ordinaire de l’Etat], en déplaçant, de façon puissante, les configurations, ouvrant de nouveaux champs du possible, de nouvelles prescriptions.


La politique surgit par brèves séquences, à distance de l’Administration et des opinions qui la gouverne, en rupture avec tout consensus, pour engager une Nation à reformuler les référents, les pratiques, les systèmes… le temps des inventions politiques, trop souvent rapidement diluées par le fonctionnalisme et/ou la bureaucratie, est celui des vérités opposées, des énoncés contradictoires qui devraient bousculer les somnolences nocives ! 

La réélection de Mr Cavayé Yéguié Djibril au poste de Président de l’Assemblée Nationale n’est pas un événement politique. Par la continuité qu’elle énonce. Par le fait qu’elle a ainsi écrasé tous les montages, balayé tous les castings, rendu à la caricature les Unes des gazettes, les pronostics de salon… Nous avons supputé, mesuré [les équilibres, les dosages…], calculé [la fameuse équation francophone-anglophone] et mesuré encore [l’axe Nord-Sud] mais tout cela n’a servi à rien ! L’immobilisme a la vie dure dans le cher-et-beau-pays-de-nos-ancêtres et il gagné. Analystes chevronnés pourtant que nous sommes de cet objet étrange qu’est le système-Cameroun, nous n’avons pas su voir que notre pays va à rebours, poussé avec toujours plus de zèle par des courtisans qui n’ont de cesse de ne pas répondre aux frustrations brutales, féroces, qui emportent les Camerounais ; de déconstruire, au prétexte de différenciation identitaire, les solidarités, pour laisser les individus sans autre refuge que la tribu, l’ethnie, la religion, la caste, ces substitutions égoïstes et vaines à l’idée de Nation…
Les ambitions qui se voulaient grandes ont été réduites à des formules creuses que les fidèles militants s’entêtent à réciter comme des litanies, à la façon de nos grands-mères, qui, les dimanches coloniaux d’avant Vatican II, ânonnaient une prière en latin. Sans en comprendre un traître mot ! Une ère de paix et de prospérité s’est ouverte depuis le 22 juillet ! Et nos belles logorrhées sur le devenir, supposé ou rêvé, de notre pays, sont rendues stériles par la cause d’emphatiques répétitions : aux mêmes causes nos gouvernants apportent toujours la réponse faite de certitudes qui grimacent au simple bon sens. Euphorie perpétuelle. Météo de ciel bleu permanent. Le réel est absent des propositions. Ou des bilans. Définitivement. Mr Cavayé Yéguié Djibril est toujours Président de l’Assemblée Nationale. C’est la réponse du système aux drames et aux désespérances des Camerounais. 

_______________________

Publié dans La Nouvelle Expression le 4 septembre 2007


Posted

in

by

Tags:

Laisser un commentaire