La commune est l’espace du territoire national le mieux partagé par tous les Camerounais : nous habitons tous dans une commune. La commune, que l’on désigne dans les usages et de manière familière, la ville [grande, moyenne, petite, peu importe sa taille] est le lieu du premier, et parfois du seul, contact des citoyens avec l’Etat. Dans ce qu’il signifie l’ensemble, souvent mal différencié, certes, des Services qui encadrent la vie des citoyens. Ou participe du contrôle, par le Gouvernement central, du territoire national… jusqu’aux marches les plus éloignées. Pour atteindre l’ambition parfaitement réaliste de renforcer les capacités locales indispensables pour impulser un développement à échelle réelle, sans attendre les mannes tombées du Ciel [la Capitale] par la grâce de l’intercession, non dénuée d’arrière-pensées, des anges [les Elites], il est nécessaire que les collectivités locales décentralisées disposent désormais de toutes les ressources, en finances et en hommes/femmes.
La gouvernance locale et l’animation du développement des collectivités décentralisées ne se résument pas à la désignation par voie démocratique des édiles. Les élections, parfois discutées, quant à leur honnêteté et leur transparence, souvent prétexte à de cruels affrontements entre « barons », ne sont qu’un moment de la vie publique : après l’extinction des lampions de la fête arrive le temps de la gestion, de l’administration, de la conception des projets. Et, pour réaliser cette somme d’actions dans les conditions les plus acceptables cela demande, outre les budgets, des ressources en personnes qualifiées. Problème. La quasi-totalité des communes camerounaises, en zone rurale notamment, sont hélas fort dépourvues en personnel administratif et/ou technique : à l’exception du poste de Secrétaire Général de Mairie, toutes les autres fonctions utiles à la bonne marche de l’exécutif communal n’ont, en général, pas de titulaire. La faute très certainement à un déficit en formation. L’ENAM prépare aux métiers de la fonction publique territoriale afin essentiellement de pourvoir le corps préfectoral et de l’Ecole de Buea sortent des agents de l’administration communale [Secrétaire Général de Mairie, pour l’essentiel]. Ce qui est largement insuffisant pour couvrir toutes les missions, souvent complexes, auxquelles les collectivités doivent répondre : missions techniques, aménagement et entretien des voiries, assainissement, définition et gestion du Plan d’Occupation des Sols, missions sociales, missions culturelles, animation de la vie locale et promotion du cadre de vie, missions réglementaires et fiscales, suivi des marchés publics, contrôle de l’activité commerçante et collecte des impôts.
Pour satisfaire promesses électorales et attentes, parfois impatientes, des habitants, les élus locaux n’ont plus les « poches vides » : les recettes dont disposent maintenant nombre de collectivités locales, grâce à la Redevance Forestière Annuelle, par exemple, mais aussi par l’application d’une fiscalité avantageuse [redistribution effective des Centimes Additionnels Communaux] sont d’un niveau appréciable et ne demandent qu’à être bien utilisées. Ce qui suppose non seulement, en amont des processus, une excellente aptitude à la conception et à l’élaboration des propositions et des projets, mais aussi, en aval, la discipline d’un suivi technique [souci de la qualité des travaux] et comptable affirmé dans la rigueur. Avec, on peut l’espérer, un bonus démocratique si les électeurs exercent leur pouvoir de sanction à l’élection suivante !
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Texte publié dans Conjoncturis n° 15 – juillet 2007
Conjoncturis est le discussion paper de la Fondation Paul Ango Ela de géopolitique en Afrique centrale
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