CINEMA PARADISO

Le cinéma dites-vous ?! Oui, le cinéma ! LE cinéma ! Cette expérience étrange, car unique, qui vous saisit dans l’obscurité d’un lieu étrange, car unique. Ce moment de pure magie … le faisceau projeté par une lanterne … ces images qui bougent sur la toile tendue… les émotions, du rire aux larmes, qui ébouriffent votre âme … Oui, le cinéma ! LE cinéma ! Je vous parle d’un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître… le temps des very grands écrans quand l’heure est, désormais, par la force du talent technologique, au visionnage sur des supports de plus en plus réduits [jusqu’aux minuscules petits centimètres carrés de notre mobile phone], le temps des rendez-vous du samedi après-midi, devant le Capitole, Les Portiques, le Fébé, l’Abbia, Le Djoungolo… les temps du partage, entre amis, ou… en duo coquin, dans la douce moiteur d’une salle à peine soufflée par un mécanisme asthmatique d’air conditionné, spectateurs lovés dans ces fauteuils de feutrine enveloppés, voyageurs destination l’aventure, l’action, l’humour et tous les accents de ces fictions consommées avec jubilation. Sans retenue. Matière riche pour une semaine de commentaires, de racontages, de restitutions [in]fidèles de chacun de ces moments vécus avec l’intensité d’une première fois ! 

Le cinéma dites-vous ?! Oui, le cinéma ! LE cinéma ! Messe païenne rendue à d’immenses icônes. Avec ses saints [le «joueur»] et ses démons [le «chef bandit»]. Festin gargantuesque aux ingrédients invariables, pourtant, de paradis perdu, de trahison, de vengeance, de sacrifice, de rédemption, qui font toutes les histoires depuis le commencement du monde… Oui, LE cinéma ! Quand aujourd’hui, dans nos mégapoles chahutées, les fabriques à rêves sont devenues des poissonneries ou des supermarchés. La faute, sans doute aucun, à la faillite générale des politiques publiques en matière de culture. La résultante, aussi, de plusieurs décennies d’irresponsabilité qui ont vu le démantèlement de tous les dispositifs d’aide à la création et la disparition des institutions supposées manifester le nécessaire soutien de l’État à la production. Le cinéma. LE cinéma. Face au développement d’Internet et l’expansion de l’univers numérique, entre menaces et promesses, quand l’effacement des repères collectifs et l’éclatement relativiste, individuel ou tribal annoncent des bouleversements majeurs, le cinéma [exercice de vérité et d’esthétique] est cette part d’identité qui doit manifester notre contribution au dialogue des civilisations.

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Texte pour Mutations, à l’occasion du festival de cinéma « Ecrans Noirs » 2010


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