LES CHORISTES

Novembre 2007

Les temps changent. Les pratiques restent. Qui toujours et encore tiennent notre pays à l’écart des normes démocratiques de base. L’UNC n’est plus. Mais la dévotion des élus/élites demeure. Nous vivons dans un « havre de paix ». Mais les peurs diffuses, confuses, inassignables, toutes ces peurs nées de l’incertitude [face à des lendemains dont on doute qu’ils chantassent], de l’insécurité publique [combien de temps perdurera ma position dans le système politico-administratif ?] ou de l’insécurité privée [comment faire si mon enfant « tombe » malade ?], se mêlent pour ne trouver qu’un salut : celui qu’offre dans sa grande miséricorde, le Chef. Nous sommes entrés dans l’Indépendance il y a 47 ans déjà. Mais toujours et encore nous cherchons la main secourable du Père. La modernité politique suppose/impose la pluralité des propositions et des solutions, l’alternance des gouvernants par le choix des urnes, le contrôle citoyen des actes de la puissance publique, pouvoir délégué, concédé, à durée déterminée, machine étatique républicaine appelée à « servir » et non pas à « se servir »… mais le seul geste politique encore et toujours pratiqué par nos élus/élites demeure l’écriture/signature des motions de soutien !

La modernité politique suppose/impose une régulation normative du jeu politique. Mais notre modernité politique s’est muée en privatisation de l’action collective. Malléable à toutes les manipulations, la quête compulsive, obsessionnelle, permanente de l’intérêt a dénaturé les principes qui, en démocratie, fondent une relation d’échange et de partage entre ceux qui ont élu et ceux qui sont élus : ni Débat ni Raison mais, toujours et encore, déférence, soumission, suivisme … 

Nous ne savons pas apporter la contradiction, donner aux concepts une place, demander des comptes à nos gouvernants. Notre modernité politique est une faillite morale qui a vu l’éthique de la responsabilité vaincue par un système a-civique qui ne tolère désormais que le népotisme ou le clientélisme… Nous ne voulons pas assumer pleinement [en conscience] la responsabilité objective que suppose/impose notre statut d’homo politicus moderne, mais encore et toujours nous entonnons les mêmes cantiques de louanges ! Choristes nous sommes. A l’unisson. Individus sans individualité. Des noms au bas d’une liste. C’est tout.

« La Lékié appelle à une modification de la Constitution ». Etrange et funeste destin d’une Loi ignorée, piétinée, méprisée… tandis que certaines de ses dispositions attendent toujours un commencement de début de mise en œuvre [mais ça la Lékié semble l’ignorer], voici que notre Constitution devrait être modifiée ! Le raccourci comme réponse à toutes les sujets d’interrogation [santé, éducation, sécurité, emploi…] qui font la vie quotidienne de nos compatriotes, comme programme sectoriel sur l’ensemble des thèmes à dimension nationale [justice, administration du territoire, défense, relations extérieures, cadrage budgétaire, politique économique…] qui concourent au développement du Cameroun. Point d’appréciation raisonnable des attentes des camerounais, aucun souci d’en chiffrer le coût pour mieux dégager les ressources disponibles. Une modification de la Constitution suffit ! Et le cher-et-beau-pays-de-nos-ancêtres accédera à une ère de prospérité. Tandis que l’on ébauche à grand peine un bilan positif, en cette période anniversaire, la Lékié nous invite [déjà] à demander la reconduction du bail du locataire d’Etoudi !

« La Lékié appelle à une modification de la Constitution ». Ou la confiscation du changement comme dernier horizon politique. Ministres [en place ou voulant la place , députés, « élite » et autres affidés [fonctionnaires, commerçants élus locaux, chefs traditionnels…] qui, tout à la fois, ont intériorisé, à l’excès, jusqu’à la caricature, le principe d’une dette symbolique qui les lieraient au Souverain et anxieux de se voir écarter du cercle du pouvoir, multiplient les gestes d’allégeance ou de flagornerie… tous se précipitent, choristes dans un bel ensemble, pour ajuster dans le champ du réel, les intentions prêtées au Prince. Et ainsi contourner le dernier obstacle vers une Présidence à perpétuité. « La Lékié appelle à une modification de la Constitution ». Le vœu [pieu] comme acte citoyen. Ou belle anticipation. Penser 2011 avant d’avoir manifesté la volonté de mettre en œuvre les chantiers qui sont inscrits à l’agenda des 4 années à venir… fuite face au poids des enjeux ou vaine esquive devant l’Histoire ?


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