20 ANS ET DES POUSSIERES

Mai 2016

Déambuler en pleine adolescence. On est un peu morose. On va devenir sage. On n’a pas fait grand chose. Et l’on n’a encore rien compris… déambuler en pleine adolescence. Dans les fracas tourmentés de l’innocence. Et le doux mensonge inquiétant des amitiés-mosaïques par écran interposé. Fesse-bouc ou aille-faille-ve. Contemporains dispersés. Abîmés de doutes. Poussières d’étoiles. Qui se croisent, s’ignorent, se dévorent. Narcisses aux égos fourvoyés. Être jeune. Perdre ses illusions, réinventer l’amour [au grand bazar-hasard des sentiments dévalués pour Valentin-Valentine aux cœurs secs], caillasser les morales momifiées, vampiriser les codes exportés, les  modes usurpées, marabouter les désespérantes espérances pour accrocher ses rêves, ses soupirs, ses exils, aux comètes qui passent… à chacun sa chance – ou son naufrage. Souffrir de ne plus vouloir souffrir. Gagner du pognon. Beaucoup. Et vite ! Comme les grands, les responsables irresponsables, les saigneurs aux dents longues, les illettrés habillés de peu de foi, les belles courtisanes chaleureuses, accessibles… et rétribuées. Déambuler en pleine adolescence. A l’âge du bonheur. A l’âge des victoires. Ne pas tourner en rond. Après la disparition de toutes les salles de cinéma. Quêter un rare playground [quand jadis, à Messa, à Madagascar, à Nlongkak, des talents pouvaient fleurir sur quelques mètres carrés de bitume]. Hier. Aujourd’hui. Incroyable déficit en équipements de proximité et de convivialité dans les territoires urbains. Proposer. A Yaoundé décaler l’attribution à la zone jusqu’à maintenant dédiée au Marché Central en vidant le lieu de ses encombrements pour disposer d’un espace ouvert aux urbains. Proposer. Toujours. Développer des audaces. Des envies sans limites. 

Les collisions s’annoncent. Ravageuses. Les catastrophes se préparent. Inéluctables. Quand les cupides aux âmes floues, les insensés aux appétits féroces, les coquins aux mœurs méphistophéliques emballent, envolent,  ennoient, dans une spirale délirante et une anarchie consentie, le cher-et-beau-pays-berceau-de-nos-ancêtres-et-de-Roger-Milla. Banque centrale passoire. Incurie. Incompétence. Inertie. Injustice. Vilains banquiers. Dette remise en milliards de Francs Cfa qui attendent toujours des projets pour être consommée. Et tous ces petits comités-machins affublés de sigles barbares qui travaillent à solder nos entreprises, à brader nos actifs, à couvrir les créances de quelques aventuriers-prédateurs-spoliateurs-du-bien-public. Toutes ces foultitudes de commissions-de-passation-des-marchés-qui-ne-passent-jamais. Tous ces appels d’offres infructueux. Dans le dédale d’un Code qui n’assure pas mieux qu’avant la transparence des procédures, l’équité des dispositifs, la qualité des choix. Des années à tourner en rond. Pour tenter de réaliser quelques infrastructures. Et tenir des promesses. Des années pour élever ces barrages indispensables si l’on veut [au moins] les 1.500 mégawatts supplémentaires pour soutenir les besoins attendus par les compagnies qui ambitionnent d’extraire de notre sous-sol cobalt et autres minerais… tergiversations. Hésitations. Des années pour tracer routes et lignes de chemin de fer indispensables si l’on veut acheminer les matières minérales vers les points d’embarcation… indécision. Lenteur. Des années pour trancher l’implantation/construction d’un port en eaux profondes indispensable à l’accostage de navires de fort tonnage. Des années pour arrêter une option [entre menaces économiques pour le devenir du PAD* ou calamité écologique menaçant la mangrove et ses écosystèmes fragiles]. Tergiversations. Hésitations. Indécision. Lenteur.  Des années à tourner en rond. A épuiser la patience d’une Nation. D’une jeunesse. Et ses envies/vies à crédit. Vies puisées dans les poches des autres. Épuisées. Mais ne pas accepter la défaite. Ne pas accepter un monde sans futur. Ne pas accepter les impasses d’une époque folle, cruelle, ébouillantée… Et demain faire la fête. Comme un adieu. 

*Port Autonome de Douala


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Une réponse à « 20 ANS ET DES POUSSIERES »

  1. Avatar de Djouh
    Djouh

    Fine analyse!

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