Septembre 2013
Voyage à l’Est de la nuit. A la verticale de ces bastilles infectes et infamantes qui enferment pauvres hères sans nom. Sans fortune. Sans visages. Cent visages. Anonymes dans la puanteur d’un cachot. Ces riens sans fortune jetés dans l’oubli par une machine qui confond «rendre la justice» et «répression». Principes bafoués. Piétinés. Violentés. Voyage au bout d’un couloir sombre. A la verticale de ces vétustes infrastructures dépassées en terme de capacité d’accueil, dépourvues d’équipements susceptibles de faciliter le travail des surveillants, privées des moyens d’assurer le respect le plus élémentaire de l’intégrité – morale et physique – de l’être humain, même condamné par la société. La rétention des personnes demande un engagement majeur et des investissements ambitieux. Pour la construction de nouveaux établissements pénitenciers suivant des règles de droit, des normes internationales, une somme de standards et dispositions qui conforment toutes les structures carcérales. Pour la construction d’établissements spécifiques en fonction de la qualité des personnes retenues [mineurs, prévenus en attente de jugement, condamnés à de longues et lourdes peines, femmes…]. Pour permettre aux magistrats, aux surveillants, aux accompagnateurs sociaux, de travailler dans les meilleures conditions. Voyage à l’est de la nuit. Là où s’enfoncent désormais [jusqu’à se perdre, dit-on] ces individus extraits violement des cercles privilégiés de l’appareil politico-administratif. Là où l’on meurt. Parfois. Avant que ne survienne une salutaire décision.
Voyage à l’Est de la nuit. A la verticale de cet univers concentrationnaire qui enferme tout … des barricades bétonnées autour des duplex insolents de béton aux murs qui enserrent les cœurs, les esprits, les rêves ! Sortir de la nuit … voyager à l’aube du temps des inventions politiques. Ne plus se contenter d’ambitions qui se voulaient grandes avec leur catalogue de propositions [raisonnables pourtant] trop souvent rapidement diluées par le fonctionnalisme et la bureaucratie.

L’économie du crime a pour matière première tous les désordres. À l’évidence il faut proposer une re-construction des organisations urbaines qui suppose de décliner les modalités des politiques et les conceptualisions des gouvernances urbaines suivant des thématiques [habitat, espace vécu, éconosphère…] variées et multiscalaires. Contre la tentation de laisser grandir des territoires improbables a l’éthique-esthétique contrariées. L’inventaire des manifestations du chaos métropolitain énumère une succession de reconversions, de détournements, de contournements, d’incohérences. Accumulations envahissantes, débordantes, encombrantes, à motif commercial ou marchand, oublieuses des normes les plus évidentes, stations de taxi anarchiques, gares routières spontanées et divers ajustements très très libres… Populeux quartiers où chaque maison en tôle froissée joue des coudes avec les maisons voisines, «elobi» encombrés, confus, fouillis, toutes ces zones insalubres, inondables, englouties, inabouties, sans contrôle ni ordonnancement, ces lieux tristes et vains, esquivés par les plus élémentaires règles d’urbanisme et qu’il faut avoir l’audace d’effacer pour mieux les remplacer [par des zones vertes ?] Il faut savoir ré-organiser l’espace urbain. Tout comme il est temps de revoir la formation et l’organisation des forces de sécurité pour passer, enfin, à une véritable police de proximité au service de tous les Camerounais. Le concept de «police de proximité» a été introduit en 2001-2002. Cette réforme a entraîné la création de quatre commissariats centraux [au lieu de l’unique commissariat central] en charge de la coordination des commissariats de sécurité publique, suivie de la mise en place de postes de police, en 2007. On s’interroger sur la nature de cette «proximité» accompagnée tout particulièrement par la France, partenaire important dans cette réflexion, à l’origine des modèles d’organisation des forces de l’ordre [Police et Gendarmerie] de notre pays. Ainsi le Fonds de Solidarité Prioritaire – FSP – a entre autres permis le financement de plusieurs programmes notamment, en 1999, celui d’«appui à la restauration et à la restructuration du service public de la police» qui souhaitait justement réorienter la coopération vers les services de proximité et a été suivi en 2007, du programme d’«appui au renforcement des capacités opérationnelles de la police»… même si, dans les faits, on questionne toujours l’impact de la diffusion d’un ensemble de dispositifs policiers hiérarchisés à travers la ville. Cette nouvelle proposition dogmatique doit se substituer à un passé/passif qui, depuis l’époque coloniale comme à l’Indépendance, a installé les forces de sécurité au service d’un ordre politique et non pas d’un ordre public soumettant, par conséquent, le secteur de la sécurité publique à une forte idéologisation. La diversité de l’offre de sécurité [à laquelle il convient d’ajouter les dispositifs spéciaux de type ESIR ou GSO] peut entraîner une confusion des rôles entre les services et provoquer leur paralysie, contredisant l’objectif d’un encadrement sécuritaire de qualité. Aujourd’hui au Cameroun, les politiques de sécurité publique sont en panne, leurs modalités d’applications, leur dynamique et leur pérennité devant être revues. Le chantier est ouvert. Analyser. Cogiter. Imaginer. Pour s’arracher à la démonie d’un fatalisme. Et panser les balafres.
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