Le masculin fait son entrée dans la boîte de nuit. Radar d’acquisition de cibles en position maxi ! Le regard balaie la salle de gauche à droite, le regard balaie la salle de droite à gauche, les yeux vont dans l’obscurité clignotante, les yeux courent le long des formes emballées dans de très courtes robes qui dansent, dombolisent, agitent attraits et appâts, aiguisent les appétits des mâles d’un samedi soir, en réveillant les corps fourbus d’une semaine à chercher de rares CFA, en redressant des tiges ramollies par trop de bières ou de désillusions, les yeux écarquillés qui estiment, évaluent, comparent, pèsent, mesurent, dissèquent les gazelles, les petites, les gos, les chairs, les options, les possibilités, dans un tri sélectif dont on ne sait plus qui est le déchet qui est la poubelle tant la confusion est grande dans le vacarme d’un mapouka qui jette les envies des uns contre les envies des autres, sarabande, simulacre de cette addition qu’elle et lui supposent réalisable plus tard, au creux de la nuit, après quelques litres de sueur et de boissons alcoolisées versés, plus loin, émoustillés par les frottements suggestifs, silex, pierre, allumettes, frottoir, frottement, mise à feu, incandescence des désirs, en flamme comme des phalènes qui virevoltent, esquivent, feintent, frôlent, tanguent, puis touchent la torche, tombent, grillées, brûlées, fusion des nocturnes solitaires, confusion des sens, bateaux ivres, perdus, coulés, noyés de liqueurs ou de larmes, chaloupes qui cadencent un zouk-love, amour enfin, sans doute, love des mielleuses / fielleuses paroles d’un crooner des îles, love affair, question de sous, commerce des plaisirs, monnayer la copulation, qui s’accouple se paye, bateaux ivres cherchent berges, verges, port d’attache, âmes folles, s’arriment, enfin … le masculin a glissé en direction du comptoir, posé ses mains moites sur le formica du quai des assoiffés et souffle vers le préposé une demande qui dit cette chose à bulles qui s’avale pour lisser les gosiers secs … la féminine, déjà en position, fine, liane, fripée, dressée dans un rare tissu libérant peau décapée et vergetures, maquillage outrancier et parures, qu’il avait négligé de situer dans son empressement du besoin à étancher, pousse d’une voix douce rugueuse la question :
- tu ne m’offres pas aussi une boisson ?!
Le masculin, chasseur devenu proie, gibier, étonné, retourne une interrogation :
- et pourquoi je dois t’offrir une boisson ?!!
Tombe la réplique de la féminine :
– mais parce que moi je t’aime !!!
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