Septembre 2008
Il y a quelques semaines, le Cameroun offrait une grande fête à Manu Dibango pour ses 50 ans de carrière musicale. Il y a quelques jours, Richard Bona offrait au public un album live Bona Makes You Sweet. Dibango – Bona, musiciens majeurs dont les performances remplissent les salles de Paris à Chicago, de Tokyo à Bamako. Bona – Dibango, musiciens majeurs qui ont joué avec les plus grands. Et porté haut, très haut, les couleurs du cher-pays-berceau-de-nos-ancêtres. Bona – Dibango… et les autres ?! Une oasis et un désert. Une petite oasis et un immense désert. La production musicale camerounaise, en effet, dans sa grande majorité peine à rejoindre le niveau des réussites éblouissantes de Manu Dibango et Richard Bona, validées par un succès qui dure. Quelques artistes ont, le temps d’un tube au son chaloupé qui tourne en boucle sur les ondes des radios de la bande FM ou rythme les nuits ambiancées dans les bars de quartiers, le privilège d’une notoriété qui, rarement, dépassé les frontières du Cameroun !

La satisfaction d’une percée locale. Éphémère. La faute sans doute à une faible organisation de l’industrie musicale [pas ou peu de studios pour des enregistrements de qualité, pas ou peu de producteurs et de réseau de distribution face à la redoutable efficacité de la piraterie, pas ou peu d’organisateurs de concerts… ] mais aussi à en raison d’un environnement social particulièrement morose qui pousse les gens d’ici à se laisser prendre par un désintérêt pour les choses «sérieuses», préférant la trivialité d’une chansonnette qui fait bouger les corps à la confrontation exigeante avec un texte qui dit la vie aux pays des Lions domptés. On peut croire que les braves gens veulent oublier les mésaventures de la journée, les tracasseries du quotidien, fuir, le temps de quelques pas de danse les pesanteurs poussiéreuses d’une existence, pour se perdre, quand la nuit s’avance, dans ces lieux animés où la musique est chaude, les boissons alcoolisées, les lumières tamisées et la fréquentation… charmante ! Et de ce fait, aux mélodies lentes de jazz imprégnées que donnent à entendre Manu Dibango et Richard Bona, préfèrent les sons enjoués qui claquent comme une réponse ironique aux simulacres d’un monde où tout est factice : les poses alanguies, les lois, les codes, les réussites et les richesses, les belles bagnoles qui affichent l’arrogance de certains face à la misère de tous les autres…
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