Décembre 2017
Yaoundé. La nuit a embarqué ses passagers clandestins pour un voyage ambiancé, boissons alcoolisées coulent dans les gosiers et musiques épicées s’échappent des amplis usés, les urbains-ventres-vides-silences-déchirés aux visages froissés. Les vénérables patriciens sans leurs smokings griffés, les éminences dévoyées débarrassées de leurs graciles accompagnatrices cambrées, les »moi je » d’une incroyable panoplie de gadgets inutiles affublés, les zélotes zélés, s’en vont dans l’obscurité clignotante, les yeux courent le long des formes emballées qui dansent, coupent, décalent, piquent, agitent, attraits et appâts, aiguisent les appétits des mâles, en réveillant les corps fourbus d’une semaine à chercher de rares CFA, en redressant des tiges ramollies par trop de bières ou de désillusions, les yeux écarquillés qui estiment, évaluent, comparent, pèsent, mesurent, dissèquent les gazelles, les petites, les gos, les options, les possibilités, dans un tri non-sélectif dont on ne sait plus qui est le déchet qui est la poubelle, les mains moites et impatientes s’égarent.
Ordinaire…décadence.

Yaoundé. La nuit a habillé les rues noir café. Un quarteron d’arquebusiers fripés d’un rare tissu verdâtre traque le grand banditisme caché dans les machines roulantes, le faisceau d’une lampe agitée stoppe l’automobile, immobile, un brigadier souffle d’une voix rugueuse au noctambule conducteur une demande, une attente, un souhait, cette chose à bulles qui s’avale pour lisser les gosiers secs. Ordinaire transaction… des nocturnes solitaires, bateaux ivres, perdus, coulés, noyés de liqueurs fortes ou de larmes amères, chaloupent sur le bord de la chaussée, un masculin tangue et frôle d’un mot trop familier le fonctionnaire ci-dessus cité [et toujours occupé à négocier, accroché au véhicule, les modalités d’accès au quai des assoiffés], claque s’écrase sur la joue de l’alcoolique maladroit une tysonesque gifle ponctuée d’un orage de mots grossiers qui jettent les colères des uns contre les colères des autres ! Ordinaire violence. Tensions accumulées. Vexations additionnées. Trahisons exhumées. Corps bafoués. Effacés. Consciences déchirées. Âmes blessées, épuisées, vidées… silex, pierre, allumettes, frottoir, frottement, mise à feu. Inventaire avant incandescence.
Décembre. Notre cher-et-beau-pays-berceau-de-nos-ancêtre prend le visage hideux de cette Afrique qui doute, qui se cherche des prophètes, qui chasse-pourchasse, découpe-machette celui qui a pour seule différence la tribu, l’ethnie, la religion… contre la généreuse et nécessaire affirmation d’un vivre-ensemble [voulu pourtant par les Pères Fondateurs], une meute a reniflé la pestilentielle opportunité de faire prévaloir une analyse [en terme de désavantages entre processus sociaux spatialisés et ethno-localisés] qui déstructure le modèle républicain et objectif pour lui substituer des articulations subjectives et pseudo-empiriques.
A rebours du système intersociétal [travaillé, certes, par les diversités et les disparités tant structurelles que socio-culturelles] dont les potentielles solidarités fondent les futurs qui prospèrent. Les revendications portées par quelques tribuns [afin que soient modifiés sur des bases géographico-politiques les résultats officiels d’un concours administratif] semoncent un inquiétant mouvement de territorialisation des conduites politiques qui pousse à des tensions, dissonances et discordances traversant l’espace-Cameroun et la machine-État. Ces revendications supposent, de plus, un dangereux balancement entre des configurations de différenciation et de dérégulation des règles et normes, d’une part, et des dynamiques de désintégration [symbolique et matérielle] des pratiques de pouvoir, d’autre part. Soyons prudents car mal croqué un atchomo peut être avalé de travers.
Atchomo : n.m., b. Petits beignets souvent vendus aux abords des établissements scolaires. Un vrai régal!
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