PAUL BIYA AVAIT DIT*

Novembre 2011

*Ce texte est une lecture commentée des propositions du candidat Paul Biya contenues dans ses discours de campagne à Maroua et à Douala, pendant la campagne électorale pour la Présidentielle 2011, publié en novembre de cette année-là sous le titre « Paul Biya a dit ». Les rubriques sont celles énumérées dans les discours aucun étonnement donc à avoir pas si l’on trouve la «consolidation de l’Etat de Droit en vue d’assurer la sécurité des biens et des personnes et l’amélioration de l’environnement des affaires» dans la catégorie «Politique» ou  la «consolidation de la Paix à l’intérieur de nos frontières et avec les pays voisins» dans la catégorie «Social», car c’est ainsi que le candidat-président-sortant les a rangés ! Pour des commodités d’analyse je me suis permis de numéroter les propositions avant d’y adjoindre mes remarques.

Politique

1. Mettre en place le Sénat et le Conseil constitutionnel.

Remarque : ce sont des éléments essentiels du cadre normatif supposé assurer la bonne gouvernance mais cela ne suffit pas car il faut travailler en priorité à la configuration d’un nouveau cadre institutionnel [révision de la Constitution] dans l’objectif, selon moi, de modifier la répartition des pouvoirs entre l’Exécutif et le Législatif. Ce qui signifie de trouver les dispositifs pour sortir d’un modèle dominé par une hyper-Présidence afin aller vers un système qui donnerait une vraie place aux Assemblées et autres mécanismes de représentation des citoyens.

2. Poursuivre la mise en œuvre de la décentralisation par le transfert des compétences et des ressources de l’Etat vers les collectivités décentralisées [plus proches de nous et plus aptes à satisfaire nos attentes]

Question : et pourquoi cela n’avance pas ?

3. Faire émerger une véritable fonction publique locale en parfaite symbiose avec son milieu parce que débarrassée des pesanteurs qui affectent la fonction publique nationale.

Remarque : attention de ne pas céder aux revendications portées par quelques tribuns qui veulent substituer au modèle républicain un inquiétant mouvement de territorialisation des conduites politiques sur des bases ethno-localisées [qui pousseraient à des tensions, dissonances et discordances dans l’espace-Cameroun et la machine-État]

4. Renforcer la bonne gouvernance, en intensifiant la lutte contre la corruption.

Remarque : ce sont des éléments essentiels du cadre normatif supposé assurer la bonne gouvernance

5. Consolider l’Etat de Droit en vue d’assurer la sécurité des biens et des personnes et l’amélioration de l’environnement des affaires.

Remarque : ce sont des éléments essentiels du cadre normatif supposé assurer la bonne gouvernance

Economie

1. Mise en chantier d’un programme de grands projets structurants, dans les domaines de l’énergie et des transports principalement.

Remarque : tout comme il faut, dans le même temps, être capable d’apporter des réponses nouvelles pour la conduite de ces Grands Chantiers avec de nouveaux modes de gestion et de nouveaux modes de suivi-évaluation. La fourniture en électricité, la distribution de l’eau potable, le développement du réseau routier et du réseau ferroviaire, la construction de logements sociaux, le développement de la production vivrière ainsi que pour la facilitation de l’intégration régionale et des échanges avec nos voisins… sont des questions qu’il faut traiter spécifiquement [en évitant les pesanteurs de l’Administration !]

2. Relance de notre agriculture avec comme objectif de positionner le secteur primaire à l’avant-garde de nos exportations.

Question : nous étions le «grenier de l’Afrique centrale ». Pourquoi avons-nous cessé de l’être ?!

3. Amélioration du cadre de vie des populations rurales avec l’intensification des programmes d’accès à l’eau potable et d’électrification, et une utilisation optimale des sources d’énergie alternatives.

Remarque : mais aussi gestion du paysage et utilisation des matériaux locaux sans oublier l’amélioration du cadre de vie [création d’espaces verts et de playground, limitation des nuisances sonores, contrôle des débits de boissons, traitement des ordures ménagères, etc…] en milieu urbain

Social

1. Amélioration de la santé publique, avec notamment la poursuite du programme d’accroissement des infrastructures hospitalières de proximité, combinée aux établissements hospitaliers de référence.

Remarque : pas un mot sur la lutte contre la mortalité néo-natale, ni sur la lutte contre le médicament de la rue, ni sur les médicaments génériques, ni sur les mauvaises pratiques des personnels de santé…

2. Mise en place d’un dispositif de Sécurité Sociale Universelle qui sera la résultante de la modernisation devant s’opérer dans notre système d’Assistance et de Prévoyance Sociales.

Remarque : vaste illusion ! La mutualisation du risque de santé s’adosse notamment sur la qualité de l’offre de soin [et donc sur la mesure de la confiance qui s’installe entre les patients et la formation sanitaire]

3. Renforcement de l’éducation par la facilitation de l’accès à l’éducation de base et aux premiers cycles des enseignements secondaires, général et technique.

Question : «facilitation» = gratuité ?!

Remarque : la question déterminante est plutôt celle de la qualité des structures dédiées à l’éducation-formation. Nos établissements scolaires sont en piteux état ! Il conviendrait d’abord de les réhabiliter et de les équiper !

4. Promotion de la condition féminine pour parvenir à l’égalité des droits entre hommes et femmes.

5. Formation des jeunes pour en faire des citoyens prêts à relever le défi de l’emploi ou à accéder à l’enseignement supérieur.

Question : de quelle manière procéderait-on ?!

6. Amélioration de l’insertion professionnelle des jeunes et la lutte contre le chômage qui gangrène notre société.

Remarque : il faudrait revaloriser les cursus de l’enseignement secondaire, repenser l’orientation scolaire, améliorer les dispositifs de sélection notamment les examens et les concours, ré-examiner le système LMD à l’Université, redonner une place à la formation professionnelle ainsi qu’à l’enseignement technique [comme tout ce qui concerne les métiers manuels] imaginer un mécanisme de formation continue [qui doit de substituer à la «diplômite aiguë», cette course à toujours plus de diplômes… mais des diplômes pour quoi faire ?!], initier des propositions de type université du 3ème âge, par exemple

7. Consolidation de la Paix à l’intérieur de nos frontières et avec les pays voisins.

Remarque : oui, de manière à conduire le reclassement diplomatique du Cameroun sur les plans régional et international…

Douala et sa région

1. La construction d’un deuxième pont sur le Wouri va être engagée.

Remarque : Bamako en est au 3ème pont

2. Mise en place d’un système de transports urbain de masse pour lutter contre les congestions de la circulation, la dégradation de l’environnement.

Questions : de quels modes de transport en commun il s’agit ?! D’un tramway ?! D’un métro   ?! De bus en sites propres ?!

3. consolidation des infrastructures routières structurantes et d’un programme de voiries tertiaires pour désenclaver les quartiers périphériques.

Remarque : c’est de la compétence des collectivités territoriales décentralisées

4. Mise en œuvre du projet d’assainissement des eaux usées, financé avec le concours de la Banque Mondiale afin d’améliorer les conditions de salubrité de la cité.

Remarque : c’est de la compétence des collectivités territoriales décentralisées

5. mobilisation des ressources nécessaires à la réalisation d’un programme prioritaire de drainage des eaux pluviales pour réduire sensiblement les risques d’inondations

Remarque : c’est de la compétence des collectivités territoriales décentralisées

6. Réalisation d’un programme de construction d’un marché de gros de produits vivriers et d’un réseau de marchés secondaires et de centres commerciaux modernes, dans le cadre de partenariats public/privé.

Remarque : c’est de la compétence des collectivités territoriales décentralisées

7. Réalisation d’un vaste programme d’aménagement de parcelles assainies pour favoriser l’auto-construction des ménages aux revenus modestes.

Remarque : c’est de la compétence des collectivités territoriales décentralisées

8. Réactivation d’un programme de construction de 10 000 logements sociaux.

Remarque : c’est de la compétence des collectivités territoriales décentralisées

9. Aménagement de nouveaux pôles urbains en centre-ville pour améliorer l’attractivité de la ville.

Remarque : c’est de la compétence des collectivités territoriales décentralisées

10. Aménagement d’une zone logistique moderne et intégrée autour du port et de l’aéroport afin d’améliorer la compétitivité de la chaîne logistique et l’implantation de nouvelles activités dans de bonnes conditions.

Remarque : c’est de la compétence de la Société des Aéroports du Cameroun – ADC

11. Développement d’un technopôle et de parcs d’activités industrielles et touristiques modernes pour contribuer à une reconversion de l’économie locale face aux mutations économiques observées aussi bien au plan local qu’international.

Remarque : c’est de la compétence des collectivités territoriales décentralisées

12. L’installation d’un système de surveillance du port et de la côte permettant une surveillance et une gestion efficace du trafic maritime et d’un système de contrôle biométrique et périmétrique des entrées de l’enceinte portuaire de Douala.

Remarque : c’est de la compétence des collectivités territoriales décentralisées et de l’Autorité Portuaire Nationale – APN

13. Réhabilitation du balisage, des ouvrages d’acconage et des terrepleins du port autonome de Douala.

Remarque : c’est de la compétence des collectivités territoriales décentralisées et du Portt Autonome de Douala – PAD

Amélioration de l’environnement des affaires

1. Simplification des procédures de création d’entreprises, en réduisant les délais à moins de trois jours et en abaissant considérablement les coûts associés.

Remarque : cela peut être possible, oui, mais à condition de charger une agence gouvernementale de cette mission en relation avec les organisations patronales [en d’autres termes : ne pas demander à l’administration de faire ce job !]

2. Simplification du régime des licences pour éliminer les trop nombreuses autorisations administratives préalables à l’exercice d’une activité économique.

Remarque : il est tout aussi souhaitable d’améliorer de manière significative la relation entre les citoyens usagers du service public et l’Administration sur un certain nombre de plans ce qui revient, sur le plan structurel à envisager une réforme de l’Etat qui suppose : une réforme du système judiciaire, réforme de la fiscalité, une réforme de la Douane, une réforme du mode de recrutement dans la Fonction Publique, une réforme du mode de gestion des carrières, une réforme du système de la solde, une réforme des mécanismes de suivi-évaluation de l’action publique, une lutte contre les mauvaises pratiques, une évolution vers la e-administration, une amélioration de la dépense publique [par la révision des procédures des marchés publics et des procédures du BIP – le Budget d’Investissement Public]…

3. Renforcement du système judiciaire pour permettre l’arbitrage rapide des différends. commerciaux, mais également pour accroître la sécurité juridique des transactions

Remarque : le DSCE [qui vise l’horizon 2035, pour rappel] situe… en 2020 la date de mise en place des tribunaux de commerce et des dispositifs d’arbitrage !

4. Réduction des coûts et des délais de passage au port de Douala.

Remarque : c’est indispensable si l’on veut que Douala reste un hub attractif. Mais cela va vider pes poches des douaniers ! Il manque au Cameroun une volonté conséquente des pouvoirs publics pour installer valablement et durablement des instances indépendantes de surveillance des budgétaire et d’évaluation des politiques publiques.

5. Simplification du système fiscal et douanier pour faciliter encore plus les opérations à l’import et à l’export.

Remarque : belle promesse ! Entendue très souvent. Et vite oubliée [que devient le «Guichet Unique ?!]. Et pourtant de telles mesures sont nécessaires pour soutenir la concurrence des plateformes portuaires de nos voisins. Par ailleurs, il convient, selon moi, de renforcer les modalités de contrôle ou de suivi de ces objectifs [quantitatifs ou qualitatifs] assignés à quelques acteurs économiques majeurs. Une définition citoyenne de cette fonction pourrait signifier de voir l’Assemblée Nationale accéder à des compétences élargies à un certain nombre de domaines notamment l’évaluation des programmes économiques et la supervision des activités douanières…

6. Développement des infrastructures de transports, d’énergie et de télécommunications.

Remarque : dans une organisation révisée qui nous éloignerait des mécanismes acceptés de la société de connivence [entre acteurs aux intérêts croisés]. Cela suppose, également et conséquemment, une amélioration de la dépense publique [par la révision des procédures des marchés publics et des procédures du BIP – le Budget d’Investissement Public]… et cela signifie de densifier le tissu des PME-PMI camerounaises susceptibles de participer à ce type de chantiers. Au-delà du conglomérat bénéficiant quasi-systématiquement de la commande publique ! Car il faut être lucide : qui contrôle la téléphonie mobile ?! MtN et Orange. Qui construit nos routes ?! Arab Contractors et Razel. Qui construit nos barrages ?! Qui construit le port en eaux profondes à Kribi ?! Toujours des «étrangers». Soutenus d’ailleurs par les banques et les fonds qui apportent l’essentiel des financements nécessaires pour la réalisation de ces grandes… ambitions. Tandis que nos entreprises de BTP [par exemple] peinent à gagner de rares marchés. Et attendant un temps infini le règlement de leurs factures.
7. Poursuite de la lutte contre la corruption.

Remarque : ce qui voudrait dire s’attaquer aussi aux mauvaises pratiques des agents de rang subalterne…

Création d’entreprises

1. Mettre en place des incitations à la création d’entreprises par le secteur privé et les jeunes entrepreneurs avec un programme d’appui à la création des PME avec, la banque des PME créée récemment, la mise en place d’un Fonds de garantie pour les crédits aux PME (FOGAPME) assorti d’un Fonds d’aide au conseil (FAC) pour l’assistance des promoteurs à l’élaboration des dossiers bancables auprès des banques commerciales.

Remarque : on pouvait tout simplement demander à la Société Nationale d’Investissements de consacrer une part significative de ses ressources [70%] au soutien à des projets de type PME ou PMI

2. Mettre en place des incitations à la création d’entreprises par le secteur privé et les jeunes entrepreneurs avec un programme d’assistance à la création de microentreprises dont l’objectif est de favoriser l’accès aux micro- crédits à des autoentrepreneurs auprès des 412 établissements de microcrédits qui couvrent le pays pour faciliter la création d’au moins 10.000 micro- entreprises par an, sur toute l’étendue du territoire, et dans différents métiers : salons de coiffure, restaurants, parfumerie, ateliers de couture, garages, cordonneries, poissonneries.

Remarque : commençons par apprécier l’effort de chiffrage ! La chose est suffisamment rare dans le discours de notre candidat-président-sortant, pour être soulignée ! Après ces notes enthousiastes retenons que ces dispositifs sont un début de solution au problème du chômage des jeunes [qui est une réalité multiforme]. Le principe de l’auto emploi est intéressant. Mais ne constitue que l’une des réponses à envisager. Il serait intéressant, en effet, de promouvoir des mécanismes d’engagement de l’Etat auprès des entreprises locales notamment sous la forme d’exonération de charges salariales pour les emplois «jeunes» créés. Tous les types de programmes envisagés rencontrent le problème de la fiscalité ajustée pour un accompagnement optimal de ces nouvelles micros entreprises. Il serait opportun que des mesures d’exonération fiscale [et cela pendant une durée déterminée] soient applicables dès le démarrage effectif des activités des projets financés. Mais cela suppose que toutes les Administrations concernées acceptent les règles ainsi fixées… ce qui suppose la nécessité de partir d’une évaluation préalable des performances des propositions existantes [FNE, PAJER-U, PIASI,…] en admettant que l’objectif de tous ces programmes ne doit pas se réduire à une statistique élémentaire mesurée suivant un mode «création d’emplois» ou un mode «placements en emploi». Il est indispensable que ces emplois ainsi ouverts permettent aux Camerounais de vivre convenablement   : des revenus décents, une couverture sociale… sont autant de résultats qualitatifs à ne pas négliger.

3. Mettre en place des programmes spéciaux pour l’appui à la promotion de l’entrepreneuriat des jeunes dans l’agriculture, l’élevage, la pêche, les TIC et les services à l’industrie.

Remarque : à condition de dépasser un petit problème d’ordre méthodologique car il n’est fait mention nulle part de données quantitatives sur la population réellement susceptible de bénéficier des programmes en question   ! Le fait que le ratio entre la population des bénéficiaires potentiels [nombre de jeunes camerounais, diplômés ou non, à insérer dans la vie active] et les objectifs des programmes [10.000 micro- entreprises créées par an = combien d’emplois ?!] n’apparaisse aucunement s’avère problématique. Si l’on se réfère aux données chichement diffusées par le BUCREP – le Bureau Central des Recensements et des Etudes de Population, il apparait que l’écart est extraordinairement vertigineux entre le nombre de jeunes qui composent la population ciblée et le nombre d’emplois que les dispositifs annoncés proposeront. Autrement dit : ces programmes, bien qu’ils constituent un début de solution pour réduire le chômage des jeunes, ne s’adressent en réalité qu’à une infime minorité des jeunes chômeurs camerounais !

4. Mettre en place des incitations appropriées qui seront accordées à nos jeunes gens dotés de talents dans les technologies de l’information et la communication pour développer des applications au service des différents secteurs de la société.

Remarque : dans la définition de cette mesure, les administratifs prétentieux et peu républicains mais dévoués comme des griots ont proposé une solution globale tandis qu’il aurait été plus convenable de spécifier objectivement les besoins réels

5. Mettre en place un programme spécial qui visera à favoriser l’éclosion des jeunes talents pour la création d’entreprises au service de l’industrie avec pour objectif total la création de quelques 60 000 emplois.

Remarque : ne discutons plus ici la valeur des unités de mesure ou la destination de ces emplois mais essayons plutôt de comprendre 3 choses :

primo, il manque dans la démarche que nous propose le candidat-président-sortant-puis-réelu l’inscription d’un désir de mettre en place, non seulement des cohortes d’entités économiquement viables [objectif a minima] mais aussi de veiller à ce que soient disposés des mécanismes d’incitation à la prise de risque et à l’innovation.

deuxio, la structure organisationnelle de tous les programmes en cours est généralement extrêmement lourde dans notre pays [favorisant ainsi toutes les dérives liées à la substance actuelle de la machine administrative camerounaise]. Il me semble utile, en auditant les programmes passés, FNE, PAJER-U, PIASI,… d’apprécier l’efficacité de ces programmes à partir d’une analyse du rapport entre le taux de consommation des lignes budgétaires destinées aux financements des projets et le taux de consommation des lignes budgétaires destinées au fonctionnement des différentes structures [salaires du personnel, entretien des bureaux et véhicules de service, frais de mission, etc.]. Partant de là, il serait donc particulièrement opportun que les propositions à venir soient portées/supportées par des agences autonomes. Pour plus d’efficacité.

et tertio, nous ne devons pas oublier de protéger nos concitoyens contre les aléas en demandant à l’Etat de subventionner des formes de revenus d’insertion ou des allocations pour des formations requalifiantes, par exemple.


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