ETO’O. NOTRE PLUS GRANDE DEFAITE !

Mai 2016

Après le récent et faramineux transfert de Samuel Eto’o. On a entendu dire : <Eto’o est désormais le footballeur Noir [Africain] le mieux payé de l’histoire de ce sport>

Ainsi donc, face aux millions de sans-emploi-sans-argent-sans-confiance-en-l’avenir-sans-autre-ambition-que-de-survivre, tandis que les multitudes superstitieuses assoiffées d’illusions s’accrochent à la vie comme des passagers clandestins, quand les foules aux ventres vides et aux visages froissés n’ont plus de larmes pour pleurer, des griots se réjouissent de la réussite d’UN homme ! L’individualisme capitaliste a triomphé : un seul atteindra le Golgotha. Et que les autres crèvent. Tous les autres… les rejetés, les repoussés, les éclopés des programmes d’ajustement, les oubliés au bout du bout de nulle part, du mauvais côté de la barrière…

Après le faramineux transfert de Samuel Eto’o. On a entendu dire : <Les Camerounais sont fiers de Samuel Eto’o qui, sportivement, avait tout gagné et maintenant bat tous les records de revenus>

La belle affaire ! Pour ne rien changer aux termes des rapports entre le Sud et le Nord de cette planète, nous continuons notre rôle de «pays exportateur» : après les esclaves, jadis, après le café, le cacao, le coton, le pétrole [et beaucoup d’autres minerais solides], après les putes, nous voilà fournisseurs de matière première à jambes musclées juste douées à taper dans un ballon ! Ombres aléatoires, nous endossons avec un plaisir masochiste le mauvais rôle dans une gigantesque économie-loterie profitable aux seules compagnies occidentales [ou russo-mafieuses]… Injustice de la globalisation : toutes nos valeurs sont ainsi emportées par les logiques marchandes voulues ailleurs. Ne laissant à nous autres, les gens du Sud, les brûlés par le soleil vêtus de guenilles, qu’une fonction marginale de regardeurs simplets d’un spectacle/cirque dont les structures, les procédés technologiques, les modes et les principes d’organisation, les gains, les héros sont déterminés par ceux qui contrôlent les économies dominantes.

Après le faramineux transfert récent de Samuel Eto’o. On a entendu dire : <Eto’o c’est la réussite du Cameroun>

Formidable inversion des valeurs : les lois, les codes, les réussites, les richesses, les hiérarchies sont dorénavant dictées par un matérialisme sans aucune limite… la vieille Ongola compose un système qui a définitivement banni le service gratuit ou l’altruisme… et rend un véritable culte païen au dieu-argent et ses messies, les joueurs de football et les feymen [vous savez, ces petits arrivistes qui gagnent très très vite trop d’argent sale et le claque pour la frime]. Etrange espace-temps où sont bazardées les normalités pratiquées ailleurs… Quand d’autres sociétés sont fières d’avoir donné à l’humanité Cheick Anta Diop ou Nelson Mandela. Nous avons abandonné la Pensée pour nous mettre à genoux devant les «moi je» et leurs mécaniques ronflantes… Hummer, ML, Infinity,… Nous avons abandonné le Savoir pour nous mettre à genoux devant les cupides aux âmes floues et leurs bouteilles de champagne. Nous avons abandonné la Culture pour nous mettre à genoux devant les éminences vaniteuses encamisolées dans leurs smokings griffés et leurs graciles accompagnatrices cambrées… Mort au Philosohe, vive le Footballeur !

Après le récent transfert faramineux de Samuel Eto’o. On a entendu dire : <Samuel Eto’o joueur de football Noir a dépassé C. Ronaldo, Lionel Messi,… joueurs de football Blancs>

Notre vie d’Africains se résumerait donc à une incessante compétition contre les gens du Nord de la planète/Occidentaux/Européens ?! Quelle tristesse ! Le complexe du [dé]colonisé peuple encore nos âmes. Besoin de prouver au Maître que nous sommes plus forts que lui. Besoin d’admiration. Besoin du regard de l’autre. Nous sommes toujours captifs.


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