WOME

26 mars 2008

Il est un moment étrange et particulier de la dramaturgie du match de football qui réunit, dans un face-à-face sombre et lumineux, angoisse et espoir : le penalty. Instant de toutes les certitudes, où les uns sont persuadés que le tireur ne saurait manquer l’occasion donnée/offerte de réparer, d’un simple coup de pied dans une sphère, l’infraction aux Lois du Jeu, où les autres sont convaincus que le gardien de but, dans un geste acrobatique que porte toutes les âmes assemblées dans ce coin là des gradins, soulevé par le foi née d’un sentiment d’injustice – la faute Mr l’Arbitre ?! Quelle faute ?! Il n’y avait pas faute !!! – pourra détourner la boule de cuir du chemin des filets.

Il est un moment étrange et particulier de la vie d’une Nation, très étrange et très particulier… quand s’opposent des idées, se distinguent des opinions, se démarquent des individus… mais la démocratie est ainsi faite qu’elle suppose la compétition des propositions. Ce face-à-face entre des positions contradictoires – la faute Mr l’Arbitre ?! Quelle faute ?! Il n’y avait pas faute !!! – Et les mécanismes existent qui doivent encadrer le changement, assurer à chacun, en fonction de la position qu’il occupe [ou qu’il revendique, légitimement, légalement,…] dans le champ institutionnel, des prérogatives et des devoirs. Notre entrée dans la modernité politique sera mesurée par nos voisins et nos amis à l’aune des transitions assumées sans heurts inutiles, des mouvements vers d’autres dispositifs de régulation assurés sans crispations ni frustrations…

Il est un moment particulièrement étrange dans cet improbable entre-deux [à la fois figé dans une jubilation extatique et proche de l’écroulement] dans lequel semblent perdus les petits enfants de Douala Manga Bell… quand la somme des problèmes – constructions de bâtiments publics ou d’infrastructures sportives, enfants des rues, éducation [de base, primaire, secondaire] et méthodes pédagogiques, prévision économique et programmation, fourniture d’eau, aménagement du cadre de vie dans les zones rurales, suivi de la redevance forestière, missions des forces de Police, mobilité et adaptabilité sur les marchés transitionnels du travail et trajectoires professionnelles discontinues des individus qualifiés, amélioration des structures carcérales, éco-tourisme et supervision des aires protégées, innovation et technologies nouvelles, consommation et la valorisation [packaging/marketing] des produits locaux, promotion de modèles alternatifs, pour la production/consommation d’énergie, pour les transports, pour le logement, pour la santé, pour l’alimentation, le vêtement, les manières d’habiter, le design des objets, organisation des bassins/espaces transfrontaliers, gestion numérique des documents administratifs, évaluation des allocations publiques… – quand la somme des enjeux appelle une réponse citoyenne et audacieuse. Qui échappe aux illogiques injonctions, formulations, sollicitations élaborées par une bureaucratie vorace aux lois abstruses. Il est un moment étrange et particulier dans le débat quand le lettré questionne le fonctionnement paradoxal du système ethno-tribal de rivalités-médiation. Et les logiques de pouvoir. Ou autour du pouvoir. Là où s’enfoncent [jusqu’à se perdre, dit-on] les clercs extatiques et les courtisans-genoux-fléchis. Cogiter. Imaginer. Proposer. Ouvrir les chances d’une re-construction des organisations urbaines. Quand la décomposition de nos mégavilles fomente des formes et des trames qui bousculent les topologies politico-mentales établies. Pour nous inviter hors du champ balisé des philosophies coutumières. Cogiter. Imaginer. Repenser l’espace vécu en commun. Explorer autrement les matières du quotidien. Agencer de nouvelles constructions sociétales. Éclairer nos modes de vie contemporains. Nos usages. Nos pratiques. Nos trajectoires…

Wome s’est élancé. Son geste était fort de cette assurance qui accompagne les vainqueurs. En direction de la cage ouverte il a botté la balle… qui a ricoché sur le poteau.


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