12 décembre 2017
Voyage à l’Est de la nuit. Sans ordre ni projet. Longitude zéro de la verticale de nulle part. Comme dirait l’ami poète-philosophe de Douala. Fulgurant traqueur de papillons ivres. Corrosif. Libre. Au dessus du chaos perpétuel. A la verticale d’une table à disséquer. Pour l’examen au scalpel d’une société. Tombée au fonds d’un cul-de-basse-fosse. Précipitée, poussée par des conseilleurs, des illettrés, des désagrégés, des rince-bouteille, des phalènes qui agitent formules si creuses [« Le Cameroun c’est le Cameroun »] et certitudes grimaçantes au simple bon sens. Sans jamais répondre aux brutales frustrations qui emportent les petits enfants de Paul Martin Samba.

Voyage à l’Est de la nuit. Les poignets enserrés par des bracelets de fer. Gorée… Quand les Policiers patibulaires ont remplacé …
Voyage en fourgon cellulaire chemise-froissée-comme-un-orgeuil-giflé le regard courbé vers ses compagnons d’un jour sans joie. Potentiel justiciable. Gibier de potence. Voyage à l’Est de la nuit. A la verticale de ces bastilles infectes et infamantes qui enferment pauvres hères sans nom. Sans fortune. Sans visages. Cent visages. Anonymes dans la puanteur d’un cachot. Ces riens sans fortune jetés dans l’oubli par une machine qui confond « rendre la justice » et « répression« . Principes bafoués. Piétinés. Violentés. Voyage au bout d’un couloir sombre. A la verticale de ces vétustes infrastructures dépassées en terme de capacité d’accueil, dépourvues d’équipements susceptibles de faciliter le travail des surveillants, privées des moyens d’assurer le respect le plus élémentaire de l’intégrité – morale et physique – de l’être humain, même condamné par la société. La rétention des personnes demande un engagement majeur et des investissements ambitieux. Pour la construction de nouveaux établissements pénitenciers suivant des règles de droit, des normes internationales, une somme de standards et dispositions qui conforment toutes les structures carcérales. Pour la construction d’établissements spécifiques en fonction de la qualité des personnes retenues [mineurs, prévenus en attente de jugement, condamnés à de longues et lourdes peines, femmes…]. Pour permettre aux Magistrats, aux Surveillants, aux Accompagnateurs sociaux, de travailler dans les meilleures conditions. Voyage à l’Est de la nuit. Là où s’enfoncent désormais [jusqu’à se perdre, dit-on] ces individus extraits violement des cercles privilégiés de l’appareil politico-administratif. Là où l’on meurt. Parfois. Avant que ne survienne une salutaire décision.
Voyage à l’Est de la nuit. A la verticale de cet univers concentrationnaire qui enferme tout … des barricades bétonnées autour des duplex insolents de béton aux murs qui enserrent les cœurs, les esprits, les rêves ! Sortir de la nuit … voyager à l’aube du temps des inventions politiques. Ne plus se contenter d’ambitions qui se voulaient grandes avec leur catalogue de propositions [raisonnables pourtant] trop souvent rapidement diluées par le fonctionnalisme et la bureaucratie. Traverser la nuit. Reformuler les référents. Les pratiques. Les systèmes. Pouvoir des lettrés. Libérer les pensées. Oser des énoncés contradictoires. Des vérités opposées. Bousculer les somnolences nocives. Déplacer les configurations estimées acquises. Ouvrir de nouveaux champs du possible. S’organiser. En clubs. En associations. Discuter. Débattre. Collecter des idées. Rédiger. Des projets. Des Programmes. Entrer en politique. En finir avec l’ère du rien-foutisme.
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